Du nationalisme pour un Sénégal réconcilié avec lui-même


Les sénégalais comprennent à coup sûr toute la portée de la violence dans l’espace politique. Nous y voyons tous les signes qui démontrent la nécessité d’une mutation de notre société. Elle doit comporter la participation plus effective de chacun à la marche et au résultat de l’activité qui le concerne directement. Le devoir de l’État est d’assurer l’ordre public et la paix intérieure avant tout. Ensuite, il y a des structures à modifier et des réformes à entreprendre. Dans l’immense transformation politique, économique et sociale que le Sénégal a accomplie, beaucoup d’obstacles ont déjà été franchis.

Certains groupes d’intérêt et d’autres trafiquants de personnalité s’opposent encore au progrès, et de là, des troubles profonds surgissent dans la jeunesse soucieuse de son propre rôle. Les crises récurrentes, provoquées par l’impuissance des corps sociaux à s’adapter aux grandes nécessités de la nation, déclenche à répétition du désordre, de l’incertitude et de l’inconstance. Notre pays est sans cesse engourdi de querelles et de menaces, cherchant sa voie sans jamais parvenir à s’émanciper. Il nous faut assumer notre destin afin d’empêcher que d’autres nous en dictent les moyens ou s’en chargent malgré nous.

Il s’agit de diriger le pays, non pas en fonction de ses habitudes et des susceptibilités, mais à partir des besoins réels de l’évolution du pays. Il nous incombe d’adapter notre économie aux nécessités nationales et internationales, en améliorant surtout les conditions de travail du personnel des services publics et des entreprises. Encore mieux, en organisant la participation citoyenne aux responsabilités d’éthique et de transparence, la nation doit s’assigner elle-même le rôle de gardienne et garante de la rupture dans l’espace public.

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Le Sénégal n’a pas le choix que de s’inspirer du sens pratique autant que possible : réaliser ce qui lui parait possible et ce qui est à sa portée. Si tenté que la logique conduise le monde, rien n’est plus logique que de constituer un marché commun africain. Cependant, il faut prendre les choses comme elles se présentent. La politique ne se fait autrement que sur des réalités, il y a le Sénégal, la Somalie, l’Afrique du sud etc. qui ont leurs langues, leurs histoires et leurs manière de vivre différentes. Les mettre ensemble suppose d’abord les habituer à vivre ensemble. En attendant il y a lieu de s’attaquer à l’intendance nationale et aux intérêts immédiats.

Les hommes politiques et les journaux courtisent les citoyens pour être élus ou pour être lus et demandent banalement sinon commodément davantage pour tous et partout. Pourtant, seul notre équilibre, la santé économique, condition de notre progrès social, améliorera les conditions sociales. et impliquera au fur et à mesure des institutions politiques de plus en plus fortes. En lieu et place, l’assommant débat public ne rejoint que l’aspiration de l’élite urbaine, étouffant ainsi les innombrables sans-voix.

Quid des femmes violentées et des enfants maltraités, quid du monde rural, quid des personnes handicapées? Voilà le sens pratique et opportun de l’action publique, l’expression de fidélité au niveau d’organisation, aux exigences claires de justice et de dignité. Rien à faire de l’infructueuse envergure internationale, ne nous laissons plus prendre à la beauté des discours et à l’élégance des échanges. L’efficacité en appelle à la simplicité des objectifs, à la gestion optimale des ressources, à l’adhésion et à la mobilisation des forces vives.

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C’en est assez de la falsification de l’intérêt général, le poids de l’évidence et de la raison commande l’humilité dans le choix des objectifs et des priorités. Les caprices de l’institutionnalisation tatillonne et frivole ne résistent pas aux besoins pressants d’autosuffisance alimentaire, d’import-substitution etc. L’indignation et la victimisation contre l’ordre économique international n’ont que trop duré, nous ne pouvons que compter sur nous-mêmes. La condition d’un avenir radieux et durable n’est nul autre que notre capacité consentie au renoncement des privilèges, des parades et des prestiges.

Superstructures en fonction des infrastructures, les idées doivent suivre le niveau d’organisation et de développement. De diktat en oukase d’une infime minorité élitiste et snobe, nous nous sommes inscrits depuis longtemps dans une logique absurde de rattrapage. Nous nous infligeons un décor supposément républicain et effectivement ridicule de dysfonctionnements qui ne s’accouple guère avec la conscience des masses et, encore moins, avec l’état lamentable des lieux. Les fonds politiques, les dotations grossières de lustres et de luxes contrastent avec le niveau alarmant des richesses disponibles.

Il ne s’agit point de faire mieux, il est temps de tenter autre chose, c’est-à-dire démystifier l’histoire telle qu’on nous l’a apprise et ne pas juste nous contenter de la reproduire. L’hémorragie est interne, elle requiert, pour la stopper, l’amitié civique et le déploiement d’un nationalisme pragmatique et méthodique. Parions sur la grandeur des âmes qui sachent combattre et vaincre. Mamadou Dia n’est plus.

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Birame Waltako Ndiaye

waltacko@gmail.com

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