Mon neveu étudiant à l’UVS


Comprenez par UVS la fameuse Université Virtuelle du Sénégal avec son slogan « Foo nek foofu la » pour dire en wolof qu’il n’y a plus besoin de quitter son village pour suivre des offres de formations de l’enseignement supérieur. Un MOOC universitaire du Sénégal. En effet, on peut lire dans les textes d’orientation stratégique que « l’UVS a pour ambition d’offrir une alternative crédible, pérenne et de qualité avec un accès équitable ». Pas sûr que l’histoire que je vais vous raconter puisse vérifier cette finalité.

Mamadou obtient son bac aux examens de l’année 2013/2014. Et comme cela se fait depuis quelques années, il devait s’inscrire sur la plateforme Campusen pour demander son orientation dans une des universités du Sénégal. Sauf que Mamadou et ses camarades du lycée de Fanaye peu, voire pas sensibilisés sur ces nouveautés ne s’y sont pas préparés vraiment. Le personnel enseignant du lycée étant peu outillé pour le faire. Heureusement qu’une opération d’appui aux inscriptions sur Campusen a été initiée par l’Union des Elèves et Etudiants de Fanaye (UEEFA). Ce qui a permis à Mamadou et à ses amis, dans des conditions compliquées, de créer leur compte et de choisir arbitrairement leurs options à la fac.

Assez peu élaboré, la plateforme Campus pose d’énormes soucis. Il leur a fallu, pour certains, de nombreux essais pour parvenir à créer leur compte et faire leur choix. A cela s’ajoute une couverture internet très médiocre de la zone. Le soutien à l’inscription se faisait au rythme des valses du réseau.

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Inscrit sur Campusen en juillet-août 2014, Mamadou ne pouvait plus rien faire sur le suivi de son dossier. D’abord parce qu’il ne possédait pas d’ordinateur. Et quand on lui en offre un, la couverture internet à Fanaye Walo, ne permettait même pas d’ouvrir sa messagerie. J’ai dus alors reprendre les choses en main depuis Bordeaux pour faire le suivi de son dossier, des éventuels mails qu’il recevrait de Campusen. Il n’en a jamais reçu ; même pas pour lui notifier son orientation à l’UVS.

Cela s’est su en mars 2015 lors de mes vérifications hebdomadaires, presque en milieu d’année scolaire. Avec son bac en L2 (Sciences Humaines) et une faible moyenne annuelle certes, Mamadou est orienté en L1 Sciences juridiques et politiques dont il ne connaissait que peu le contenu et les débouchés. L’UVS fonctionne avec l’installation d’Espaces numériques ouverts (ENO) à travers les départements du Sénégal. Imaginés comme des cyber-centres, ces ENO doivent, selon le descriptif donné sur le site web de l’UVS,  « permettre aux étudiants d’accéder à des équipements, à des ressources et à des outils informatiques nécessaires au bon déroulement des activités pédagogiques. Ils doivent permettre également de disposer de relais physiques pour un bon déploiement de l’UVS, et en ce sens, ils permettront à la fois de disposer d’espaces pour les enseignements présentiels ou pour les travaux collaboratifs ».

Épuisé par cette longue attente ennuyeuse, Mamadou se rend donc dès mars à l’ENO de Podor dont je lui donne l’adresse et les coordonnées pour finaliser son inscription pédagogique et administrative. Surprise, les fameux relais physique de l’ENO n’ont reçu aucune notification de l’orientation de Mamadou. On lui demande de revenir deux à trois semaines plus tard. Après de nombreux aller-retour, la situation se décante et Mamadou devient étudiant effectif de l’UVS. Les premiers modules de formation débutent en mai. Mais dans des conditions de bricolage extrêmes, d’après ce que dit mon neveu. Mutualisé avec une ancienne cabine téléphonique appelée « télécentre » et équipé de quelques vieux ordinateurs, l’ENO de Podor brise le rêve d’étudiant de Mamadou. Il va à Podor de temps de à autre sans y croire vraiment. Mais dès la rentrée 2015/2016, Mamadou décide de transférer à Dakar, où les ENO de Guédiaway de Mbao ou de Yoff seraient, aux yeux du jeune garçon, mieux équipés et à même de répondre à ses attentes.

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Mais il se rend bientôt compte que, mis à part la connexion internet, tout le reste est semblable à ce qu’il a laissé à Podor. Pourtant, dans son mot aux internautes, le coordonnateur de l’UVS, M. Mansour FAYE, précise que les « ENO font de l’UVS une université de proximité. (…), proximité géographique, certes, mais aussi proximité vis-à-vis des préoccupations des communautés au sein desquelles les ENO sont implantés, mais aussi proximité au sens pédagogique du terme ». Propos difficile à vérifier avec l’expérience de Mamadou en tout cas.

Finalement, le jeune homme jette l’éponge et est en train de clore son inscription à l’UVS. Malgré les faibles moyens de ses parents, la solution alternative est de lui permettre de suivre une formation dans une école privée de l’enseignement supérieur.

En définitive, accordons nous pour dire que sur le principe, la création de l’Université Virtuelle du Sénégal inspirée par les conclusions de la Concertation Nationale sur l’Avenir de l’Enseignement Supérieur demeure une idée pertinente pour d’abord trouver une alternative au surpeuplement des universités sénégalaises. Ensuite, l’UVS peut faciliter l’alignement de l’Université sénégalaise sur le développement fulgurent des TIC dans tous les secteurs d’activé ; objets de l’enseignement et de recherche scientifique.

Mais ne mettons pas pour autant la charrue avant les bœufs. D’abord des ENO bien équipés, une parfaite couverture internet du territoire national, puis une simplification de l’accès aux ordinateurs pour les étudiants.

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Mamadou DIOP, diopthemayor@gmail.com

Mamadou DIOP

Mamadou DIOP

Mamadou DIOP est un linguiste de formation. Il est diplômé en linguistique anglaise de l’Université Gaston Berger de St-Louis et en Sciences du langage de l’Université Bordeaux Montaigne où il travaille actuellement au Pôle Culture et Vie Etudiante comme chargé de projets. Il a publié en 2014 son premier ouvrage Rahma, l’école d’une vie aux éditions L’Harmattan.
Mamadou DIOP

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