Etat des lieux et vision de développement de l’enseignement arabo-islamique au Sénégal »


Le système éducatif sénégalais est traversé depuis les indépendances par des crises cycliques liées au pilotage, à l’accès, à la qualité, à l’équité et à l’inadéquation de l’offre éducative. Ainsi, dans sa dynamique de recherche de solutions, l’Etat sénégalais a initié différentes réformes. Cependant, malgré les importantes ressources financières investies et les différentes initiatives, il ressort de l’évaluation du Programme décennal de l’Education et de la Formation que les résultats escomptés n’ont pas été atteints, en raison de « l’absence d’une politique apportant une réponse appropriée aux besoins spécifiques en éducation pour certaines catégories de populations et dans certaines zones du pays, notamment les foyers religieux ».

Le Gouvernement a élaboré le PAQUET-RF 2013-2025 dont l’ambition est de mettre en place « un système d’éducation et de formation équitable, efficace, efficient, conforme aux exigences du développement économique et social, plus engagé dans la prise en charge des exclus, et fondé sur une gouvernance inclusive, une responsabilisation plus accrue des Collectivités Locales et des acteurs à la base ».

De tels objectifs ne sauraient être atteints sans une prise en charge adéquate de l’enseignement arabo-islamique, dans toute sa dimension. L’enseignement arabo-islamique, selon le type d’enseignement et le mode de fonctionnement implique trois grands sous-secteurs : l’enseignement arabo-islamique dans le public, l’enseignement arabo-islamique dans le privé et les Daara.

L’enseignement arabo-islamique dans le public Il existe dans le système éducatif sénégalais public quatre (4) types d’enseignement arabo-islamique :  l’enseignement arabo-islamique dans l’élémentaire ;  l’enseignement franco-arabo- islamique dans les écoles franco-arabes ;  l’enseignement de l’arabe à titre optionnel (LV2 ou LV1) aux niveaux des collèges et lycées traditionnels ;  l’enseignement purement arabo-islamique à l’Institut Islamique de Dakar (cycle secondaire).

L’enseignement arabo-islamique dans le public présente les forces et faiblesses suivantes : Forces : la création de la Division de l’Enseignement Arabe (DEA) au sein du Ministère de l’Education, la mise en place d’une commission nationale chargée des programmes, l’opportunité donnée aux élèves de l’école française traditionnelle d’être initiés à la langue du Coran et de suivre une éducation religieuse, l’engouement crée par la création des écoles franco-arabes, le relèvement du TBS dans les régions réfractaires à l’école française traditionnelle, la disponibilité de manuels pour les écoles franco-arabes, l’ouverture du concours d’entrées en 6e pour les écoles franco-arabes (EFA), l’existence d’un BFEM option franco-arabe, la création d’un certificat option franco-arabe et d’un Baccalauréat arabo-islamique pour les arabophones…

Faiblesses : manque criard d’enseignants en langue arabe, faiblesse de l’offre par rapport à la demande en matière d’éducation religieuse et d’écoles franco-arabes, faiblesse du niveau académique et didactique de certains enseignants, faiblesse du niveau des élèves d’école traditionnelle élémentaire en langue arabe, la non évaluation de l’impact de l’éducation religieuse appliquée à l’élémentaire depuis son introduction, la désarticulation notée entre la classe de CM2 et le cycle moyen(option LV2 en 4ème), absence de l’éducation religieuse dans le cycle moyen, l’inexistence de manuels adaptés pour les cycles moyen et secondaire traditionnels, la non prise en charge de l’arabe dans le curriculum de l’éducation de base et dans le PALME, le manque d’harmonisation et d’articulation entre certaines disciplines enseignées dans les EFA (vivre dans ensemble et éducation religieuse par exemple), l’insuffisance du corps d’encadrement, la lourdeur des programmes du franco-arabe…

L’enseignement arabo-islamique dans le privé L’enseignement arabo-islamique dans le privé se pratique dans deux (02) types d’école :  les écoles d’enseignement franco-arabe qui offrent l’enseignement de la langue arabe et l’éducation religieuse et appliquent, dans la plupart des cas, les programmes officiels grâce à l’initiative du mouvement Jamaatou Ibadou Rahmane, au début des années 80;  les écoles d’enseignement arabo islamique qui dispensent toutes les matières littéraires, religieuses, scientifiques et sociales en arabe, introduites au Sénégal par le Mouvement al Falah en 1942. L’enseignement arabo-islamique dans le privé présente les forces suivantes : accessibilité de l’Enseignement arabe privé à la grande majorité et large couverture du territoire national, contribution significative au relèvement du taux d’alphabétisation, sauvegarde des valeurs traditionnelles et islamiques, existence d’une nouvelle dynamique pour l’harmonisation des programmes d’enseignement et l’unification des diplômes, création d’un canal de communication et de dialogue entre les écoles privées d’enseignement arabo-islamique et les autorités chargées de l’éducation, à travers le Comité de veille, engagement des autorités religieuses et des associations islamiques aux côtés des acteurs du secteur, grand passerelle pour les sortants des daara classiques…

Cependant, cet enseignement dans le privé fait face aux faiblesses: non-respect des normes dans l’implantation et dans la gestion de la plupart des écoles privées arabo-islamiques, souvent en situation administrative irrégulière, instabilité due au changement d’adresses fréquent, manque criard d’infrastructures et /ou infrastructures peu évoluées et souvent inadéquates, diversité des programmes et prolifération des diplômes (Brevet), finalités et objectifs d’enseignement souvent non définis, influence des programmes de certains pays étrangers, pouvant propager des idéologies non contrôlées dues au manque de manuels pédagogiques nationaux, absence de filières scientifiques et de formation professionnelle, persistance des approches et des méthodes d’enseignement traditionnelles et absence d’innovations pédagogiques, insuffisance de corps de contrôle, avec comme conséquence l’absence d’un plan de carrière motivant pour les enseignants, difficulté d’accès à l’enseignement supérieur et d’insertion des diplômés dans le secteur public…

L’enseignement arabo-islamique dans les Daara L’enseignement islamique est intimement lié à l’islamisation de l’Afrique avec la création des écoles appelées daara où toutes les sciences étaient enseignées et où une vigoureuse activité intellectuelle avait lieu, ce type d’école a su s’adapter aux contextes socio-politico-économiques qu’a traversés le Sénégal, comme le souligne Jean-Claude Pend« l’École coranique n’est pas l’institution figée souvent décrite. Il convient de la situer dans le temps et les espaces, de la saisir sous l’éclairage des cultures et dans les processus sociopolitiques qui la contraignent ».

Les daara présentent les principales forces suivantes :

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 Un engagement de l’Etat à travers les différents projets initiés par les différents départements ministériels tels que le projet éducation à la vie familiale/daara, le projet d’introduction du trilinguisme et de la formation professionnelle dans les daara, le projet d’appui à la modernisation des daara qui peine toujours à être exécuté, le projet PAQUEB/ Daara et le programme de construction de daara modernes ;

 La mise en place de l’Inspection des daara et de la Cellule d’appui à la protection de l’enfant ;

 La modification de la loi d’orientation avec l’introduction de l’éducation religieuse dans les écoles ;

 L’engagement des daara traditionnels dans le processus de modernisation : outre les aspects relatifs au mode de fonctionnement et à l’environnement physique, certains daara ont un programme qui est assimilable à celui des daara modernes ; ils dispensent, parallèlement à l’apprentissage du Coran, un enseignement classique avec la même structuration que l’école formelle (préscolaire, élémentaire) ; ils ont même dans leur programme un module d’informatique ; mieux, ils ont des méthodes d’enseignement modernes qui, dès fois, s’appuient sur les TIC ;

 L’existence du Partenariat pour le Retrait et la Réinsertion des Enfants de la Rue ;

 La mise en place du Collectif des Daara modernes, de la Fédération des Associations de Maîtres Coraniques et la mise en place d’un système de parrainage de talibés appelé «ndéyou Daara ».

Cependant, certaines faiblesses persistent au niveau des daara : l’absence d’une analyse exhaustive de la situation des Daara, en termes de statistiques, de typologie, de contenus d’enseignement, de profils des enseignants…et l’inexistence d’une cartographie nationale des Daara avec son corollaire, les constructions anarchiques, l’inexistence d’une approche holistique intégrant toutes les actions entreprises pour l’essor des Daara, leur tutelle ayant été jusque-là éclatée entre plusieurs Ministères (Éducation, Famille et autres…), l’absence d’un cadre de référence, d’objectifs opérationnels, de stratégies bien définies … 

En somme, d’un document de politique qui, au-delà des actions ponctuelles, aura une approche holistique, donc plus pertinente, l’absence d’une réglementation, de textes régissant les Daara et définissant leur statut (textes toujours sous forme de projets), l’inexistence d’un curriculum harmonisé pour tous les Daara, manque de formation pédagogique et de certification; la précarité dans l’environnement de certains Daara : mauvaise alimentation, manque d’hygiène, exiguïté des locaux, la faible participation des autorités scolaires à la vie du Daara. Pour une prise en charge adéquate de l’enseignement arabo-islamique dans toute sa dimension et un meilleur pilotage dans le système éducatif sénégalais, il est nécessaire de regrouper toutes les structures évoluant dans ce sous secteur, dans une grande direction, afin de trouver des solutions liées à ces différentes réformes pour l’atteint des objectifs.

 

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Ousmane BA

Inspecteur de l’Education en langue arabe. 
Division de l’Enseignement Arabe Ministère de l’Education Nationale

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