De l’urgence d’une vraie politique du sport au Sénégal


La prestation des Sénégalais n’a pas été à l’image de la belle entrée des délégations sénégalaises à la cérémonie d’ouverture des JO 2016 de Rio.

En effet les dernières chances de médailles pour le Sénégal se sont envolées le jeudi 18 août 2016 avec les éliminations d’Isabelle Sambou (lutte libre) et de Balla Dièye (taekwondo), derniers Sénégalais restés en compétition à Rio.

Le Sénégal est ainsi rentré bredouille des JO 2016. Nous souhaitons tout de même adresser nos vives félicitations à tous les sportifs sénégalais qui ont pu aller à Rio car l’essentiel est de participer.
Mais ces résultats, et bien d’autres avant, dans différentes disciplines posent la question de la gestion évènementielle et circonstancielle (par fois clanique) du sport sénégalais.

Ainsi à l’approche de chaque compétition nationale, continentale ou mondiale – très souvent à la dernière heure – l’on est prêt, au niveau étatique et fédéral, à mettre tous les moyens nécessaires à la participation de nos équipes. Et après,… rien, même en cas de mauvais résultats. La preuve la plus récente : le président de la fédération sénégalaise de football, Augustin Senghor vient d’annoncer que les lions du Sénégal sont sans équipementier depuis un an, le contrat avec PUMA n’étant pas renouvelé. L’équipe nationale de football risque ainsi d’aller à la CAN 2017 sans équipements, avertit-il. Cela n’arrivera certes pas, rassurons-nous. On va s’en occuper, mais à la hâte, au dernier moment, sans la rigueur et la politique prévisionnelle qu’il faut.

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A l’occasion de bons résultats, on ne s’offusque pas, au niveau le plus élevé, de certaines juteuses récompenses individuelles, en lieu et place des prises de décisions politiques et administratives visant à maintenir ces performances collectives, en s’assurant de mettre nos sportifs dans les meilleures conditions de travail et d’épanouissement professionnel.

Comme dans d’autres nombreux domaines, les décideurs politiques sont adeptes de la démagogie politique et du populisme contreproductifs. D’ailleurs le budget du ministère du sport est très instable comme si la politique à ce niveau n’est pas encore bien définie à long terme. Il passe, en 2014 d’un plus de 10 milliards de FCFA à 5 milliards de FCFA en 2015 avant de revenir à un plus de 9,9 milliards de FCFA dans la loi de finance 2016.

Les lutteurs ont demandé et ont obtenu la construction de l’arène nationale avec son coût estimé à 31 milliards de FCFA. Dans le budget 2016, 2,5 milliards de FCFA sont prévus pour la construction d’un stade moderne de basketball. Des investissements aux allures de démagogie politique ; car ne s’inscrivant dans aucune politique de développement stratégique, réglementaire et populaire.
En effet, pendant ce temps, on note l’absence totale d’une démocratisation de la réalisation des infrastructures et équipements sportifs à travers le pays.

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La législation est quasi muette sur la réglementation, la gestion, la formation, l’accompagnement et le suivi de nos sportifs de haut niveau.

Le secteur de la lutte se développe certes, mais demeure très inorganisé, car victime de ce manque de législation réglementaire.

Pendant ce temps, l’école joue très peu son rôle de vulgarisation et de popularisation de tous les sports afin d’encourager leur pratique amatrice ou professionnelle par tous.

Pendant ce temps, les violences de toute sorte persistent encore tant dans les arènes luttes que sur les terrains des fameux championnats populaires (nos nawetaan locaux).

Et pourtant, malgré ces hésitations, nos sportifs font honneur au Sénégal avec des résultats satisfaisants au niveau africain et mondial. L’épopée de 2002 n’est toujours pas égalée, côté football. Les lionnes du basketball sont championnes d’Afrique en titre depuis 2015. Des athlètes sénégalais(es) brillent partout dans le monde. Que serait-ce alors le niveau du sport au Sénégal avec plus de courage politique ?

En tout état de cause, la bonne gestion et le développement du sport devrait aussi passer par une politique de décentralisation démocratique, réelle et soutenue.

 

Mamadou Diop
diop.mammadou@gmail.com

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