Au Directeur général de la compagnie Transair : Monsieur, la sécurité de vos passagers vous préoccupe-t-elle?


Lorsque les passagers prennent place à bord de vos avions, ils se soumettent volontiers, comme il se doit, à l’autorité du commandant et du personnel navigant et respectent scrupuleusement les consignes pour la sécurité de tous. J’ai observé cependant, une grande légèreté dans le respect des normes de sécurité dans les avions de Transair et je tenais à vous le faire savoir à travers cette lettre.
Le samedi 28 janvier 2017 à 16 heures, alors que nous avions pris place dans le vol en partance de Ziguinchor pour Dakar, prêt à décoller, une passagère s’est présentée dans l’avion, n’ayant visiblement pas de place dans le vol. Après quelques échanges entre le personnel et le commandant, ce dernier a accueilli la passagère dans le cockpit d’où elle a voyagé jusqu’à Dakar. Lorsque la porte du cockpit s’est refermée et que j’ai compris ce qui se faisait, j’ai interpellé l’hôtesse dans la cabine pour lui demander s’il était normal qu’un passager voyage dans la cabine. Sa réponse, que je connaissais déjà, était que le «Commandant a le droit d’accepter qui il veut dans la cabine et qu’il est le seul maitre à bord». Je n’ai guère voulu polémiquer avec elle mais sa réponse, reconnaissons-le, est singulièrement légère.
Tous les passagers assis autour de moi, y compris les touristes étrangers, avaient eu la même réaction à la vue de cette action condamnable à tous points de vue, car violant les règles élémentaires de la sécurité. Plusieurs choses auraient pu se passer et auraient mis en danger la vie des passagers:
1) elle aurait pu paniquer dans le cockpit et faire des gestes inappropriés dans cet espace déjà très restreint pour les deux pilotes;
2) elle aurait pu avoir un malaise, ce qui n’arrive pas qu’aux autres;
3) elle aurait pu verser le jus de fruit qu’on lui a servi dans la cabine sur les appareils sensibles de l’avion, suite à des turbulences, ou alors accrocher une commande avec sa «grande robe».
On pense en général que de telles choses n’arrivent qu’aux autres, jusqu’au jour où l’on fait face, trop tard, à la dure réalité d’une catastrophe parfaitement évitable. Le bateau le Joola avait sombré car on y avait mis plus de gens qu’il ne fallait et on en avait mis là où il ne fallait pas. Il n’y a pas si longtemps, dans une édition des documentaires «Plane crash» sur la chaine National Geographic, une enquête sur un accident d’avion avait révélé que le pilote avait invité dans la cabine un passager dont il connaissait les parents et, comble d’irresponsabilité, lui avait même laissé pendant un temps les commandes de l’avion, histoire que ce dernier accomplisse un rêve d’enfant. C’était leur dernière irresponsabilité. Qui a couté la vie malheureusement à des centaines d’innocents.
Il y a un peu plus de deux ans, lorsque Sénégal Airlines exploitait cette ligne avec les appareils de Transair, j’avais déjà interpellé une hôtesse étrangère qui venait d’annoncer toutes les consignes de sécurité en anglais, et seulement en anglais. Même pas en français, dans un avion qui va de Dakar à Ziguinchor. Je n’ai pas besoin de vous dire que la moitié des passagers n’avait rien compris. Pourtant il y avait bien une hôtesse sénégalaise qui pouvait et devait dire les consignes en français et en wolof au moins, pour des raisons évidentes. La réponse qu’elle m’avait alors donnée était que la sécurité était entre les mains de la compagnie et non de Sénégal Airlines, qui ne faisait que l’exploitation commerciale.
Monsieur le Directeur, je ne vous apprends rien en vous disant que les entrées et sorties dans un cockpit font l’objet d’une réglementation stricte, surtout depuis les attentats du 11 septembre et encore plus depuis l’accident du vol de Germa­n­wings en 2015.
Vu la facilitation avec laquelle le commandant a accepté cette personne en cabine, je me suis dit que ce n’était pas la première fois et ce ne sera probablement pas la dernière, à moins que vous ne fassiez ce qui se doit et arrêtiez de telles pratiques. Le commandant n’aurait jamais pris «n’importe quel passager» dans le cockpit. On y invite en général les petites autorités locales, politiciens et néo-politiciens, qui malheureusement se croient tout permis, dès l’instant où ils ont l’illusion de détenir un semblant de pouvoir.
Refusez ces petits passe-droits qui mettront un jour en danger vos passagers. Et comme je fais partie de ces passagers, j’ai le droit légitime de m’opposer à ce qui met ma vie, celle de mes concitoyens et tous vos clients, en danger.
Bien cordialement
Dr Cheikh Tidiane DIEYE

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