La Presse dans une démocratie en marche


Il nous est arrivé, naguère,  en réfléchissant sur la marche de notre pays,  de nous pencher sur le citoyen, le politique et le journaliste (presse). Nous les appelions, alors,  à prendre en considération ce qui nous transcende tous : LE SENEGAL. Et notre réflexion avait pour titre : Citoyens, notre pays d’abord (QUOTIDIEN 15/07/2005 et  WALF 06/08/2005)………………..

L’actualité plus ou moins récente et l’exploitation des évènements et des phénomènes que nous avons observés sur un espace temporel assez long remet au gout du jour l’encadrement de l’information dans notre pays.  Cependant, nous  ne   venons pas en donneur de leçons dans un milieu qui n’est pas le nôtre, car même là où nous évoluons nous avons encore beaucoup à apprendre. Nous venons seulement livrer notre contribution à l’édification, à la consolidation des acquis d’une nation que nous, sénégalais, ferons. Car personne d’autre ne le fera à notre place.

Nul n’ignore au Sénégal le rôle que la presse a joué et continue de jouer dans la marche du pays. Dans la marche de notre démocratie pluraliste. En outre, chaque segment (tout comme chaque corporation) de la société sénégalaise fait partie d’un tout, très pertinemment constitué.  C’est dans cette harmonie, dans cette symbiose, dans cette interaction des cultures et des cultes qu’est bâtie le Sénégal. Et cela nul ne doit l’ignorer. Le journaliste en particulier, de par la transversalité de son rôle,  car l’information est un contenu, le moyen d’information un contenant. Quand on est dans un pays où les populations ont une approche diverse des phénomènes et des problématiques on serait bien avisé de se soucier de l’utilisation et de l’interprétation que les uns et les autres feraient d’une information qui n’aurait pas pris en compte cette donnée fondamentale. La civilisation étant l’ensemble des réponses qu’une société ou un peuple apporte aux principaux questionnements de la vie il faudrait intégrer nos valeurs morales et nos diversités culturelles dans tous les actes que nous serons amenés, en tant que citoyens, à poser. Nous voudrions ici faire partager au journaliste le souci de l’enseignant. L’information serait alors un précieux outil car on apprendrait au public, en intégrant les données citées plus haut, à la consommer pour en tirer  un meilleur profit.  Nous savons qu’en matière de pédagogie quelques uns parmi les journalistes tiendraient la dragée haute à bon nombre d’enseignants. Si nous les savions, un tant soit peu, démunis en la matière nous n’insisterions pas outre mesure.

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La presse  avait joué un rôle non négligeable dans la survenue de l’Alternance mais, déjà, certains « journalistes », venus dans le métier sans en prendre la mesure, gangrenaient la profession (du reste noble et indispensable) et  sapaient les fondements de notre société. Elhadj Hamidou KASSE qu’on ne présente plus aux sénégalais, avait, dans l’OFFICE n°204 du samedi 17 décembre 2005, sorti des idées qui ont, encore, aujourd’hui leur pertinence. Il disait par rapport à la massification des média: « L’explosion médiatique est sans doute le phénomène socioculturel le plus important de cette dernière décennie……..Le nombre de quotidiens créés entre 2000 et 2005 est cent fois plus important que le nombre de journaux créés entre 1960 et 2000. » Ce qui mérite de faire l’objet d’une réflexion sérieuse.

Il y a eu massification et l’information ou l’image (on ne parle pas d’image de marque pour rien) joue non seulement  un rôle très important dans ce village planétaire qu’est devenu notre monde. Mais peut être un couteau à double tranchant.

Car « C’est l’image qui a triomphé partout à travers le monde. Pas seulement l’image en tant que reproduction d’une réalité, mais en tant que simulacre. Les média ne sont plus simplement des relais qui collectent et diffusent l’information, ils sont devenus de puissants instruments de façonnement des consciences. » Kassé dixit.

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Avec tout ce que cela peut entraîner comme dérives ou écarts si des individus mal intentionnés s’engouffrent dans ce nouveau créneau pour assouvir leurs ambitions. Ou pour mener leur combat.

C’est pourquoi il faut que les journalistes formés pour exercer ce métier se démarquent nettement de ces mercenaires de la plume qui sont mus par des intérêts occultes. D’ailleurs,  Robert MENARD de RSF le dit dans le Walf Grand’Place du jeudi 15 décembre 2005 : « Le pluralisme de l’information renforce la démocratie quand la presse est responsable. Quand la presse jette de l’huile sur le feu, le pluralisme de l’information est la pire des choses pour un pays »

Le journaliste, même s’il joue un rôle de contre pouvoir et de veille, doit avoir à l’esprit (nous le pensons), qu’il fait partie d’un ensemble homogène qu’est la société. Car, poursuit Ménard: « On est d’autant plus fort pour exiger ses droits qu’on est respectueux de ses devoirs ». Et pour être crédible « La presse a un devoir d’exactitude, un devoir d’impartialité, un devoir d’objectivité, d’honnêteté, au moins »

Une presse crédible est un signe de vitalité d’une démocratie en marche. Mais les réalités de notre pays lui sont spécifiques même si dans ses principes généraux la presse doit répondre aux exigences du monde moderne.  Heureusement, l’intelligence citoyenne nationale a gagné en quotient politique. Et chaque Sénégalais se refuse de brûler la Nation que le peuple a construite afin que le Sénégal reste un Etat où des hommes de conviction et d’autorité entendent déployer, sans violence, leur génie.

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De toutes façons, signale Kassé, «  Il n’y a pas de doute que, au fur et à mesure qu’évoluera le paysage médiatique sénégalais l’exigence de qualité fera que les rédactions qui veulent survivre seront obligées de faire attention à ce qu’elles publient. Et ce, d’autant plus que nous sommes arrivés à une phase de maturation, dans une sorte de crise de croissance de la presse sénégalaise qui, demain, débouchera forcément sur une sélection naturelle par les lois du marché ».

N’est-on pas déjà demain ?

 

Wagane Faye

Professeur d’anglais

 

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