Election de représentativité syndicale : pour quoi faire ?


Depuis plus d’un an, l’environnement sénégalais est pollué par un discours politico-syndical axé sur un thème, à savoir l’élection de représentativité syndicale. L’ampleur de l’audibilité d’un tel discours a atteint un seuil à telle enseigne que l’on est tenté de croire qu’après la tenue de cette élection, tous les problèmes du prolétariat seront résolus. C’est pourquoi il y a bien lieu de s’interroger sur ce concept pour savoir ce qu’il revêt par rapport à l’institution syndicale. A ce niveau, il est nécessaire de le situer dans son contexte pour saisir sa signification et ensuite faire ressortir ses limites et sa portée. Il faut retenir que la notion de syndicat le plus représentatif est apparue après la première Guerre mondiale, avec le traité de Versailles qui a mis en place l’Organisation internationale du travail (Oit). Elle devrait servir de critère de désignation des délégués de travailleurs et d’employeurs à la Conférence internationale du travail.

Il était dit que ces délégués devaient être désignés par les gouvernements, en accord avec les organisations professionnelles les plus représentatives. C’est ainsi que cette notion a été reprise par les législations internes. Cependant, le législateur n’en donne aucune définition. Il ne dégage que des critères d’appréciation de représentativité qui sont les suivants : les effectifs, l’indépendance, les cotisations, l’ancienneté et l’expérience du syndicat. Parmi ces critères, certains sont quantitatifs, d’autres qualitatifs et moins aisément mesurables. Cependant, si certaines prérogatives sont réservées aux syndicats les plus représentatifs, il n’en demeure pas moins que les critères de l’indépendance à l’égard de l’employeur constituent la pierre angulaire de la représentativité, car elle seule garantit l’authenticité du syndicat. Elle est du reste présumée. Mieux, la charte d’Amiens, adoptée en 1906 et qui constitue une référence historique du syndicalisme de lutte, précise les objectifs fondamentaux d’un syndicat, à savoir : satisfaction des revendications quotidiennes des travailleurs, lutte pour la transformation de la société et indépendance vis-à-vis des partis et gouvernements.

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Or, de l’examen de l’espace syndical sénégalais, il ressort que la plupart des syndicats, sinon tous, ne sont que des courroies de transmission de leurs partis ou officines du pouvoir officiel. Dans ces conditions, on peut se demander comment le syndicat, en tant qu’outil d’analyse, de proposition et de transformation, peut faire face à ses fonctions de résistance et de revendication. En réalité, si la notion de représentativité contribue à rationaliser le nombre de syndicats en vue de faciliter les négociations, elle ne peut être un instrument de mesure de l’efficacité d’une organisation syndicale. En effet, l’efficacité d’une organisation syndicale réside à notre avis dans sa capacité à analyser la réalité concrète qui secrète les contradictions auxquelles sont confrontés les travailleurs et y apporter des solutions. Pour cela, l’autonomie du syndicat en tant que contre-pouvoir devient nécessaire, fut-il le syndicat le plus représentatif.

Ce n’est pas la représentativité syndicale qui va être le soubassement de la moralisation de l’espace syndical, mais plutôt le comportement des acteurs syndicaux qui sont aliénés par les privilèges, les prébendes et prestiges qui annihilent en eux tout élan de participation aux luttes des forces progressistes qui sont entre autres les travailleurs. Face à une mondialisation dont les conséquences sont à la fois dramatiques et drastiques pour les travailleurs, le mouvement syndicat sénégalais doit bâtir sa plateforme autour des enjeux et défis qui interpellent la classe ouvrière qui sont entre autres :

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  • Défense du pouvoir d’achat (denrées, transport, loyer, électricité, habitat etc.) ;
  • Relèvement des salaires dans la perspective d’une bonne retraite des travailleurs ;
  • Revalorisation substantielle des pensions de retraite tant au niveau de l’Ipres qu’au Fnr ;
  • Promotion de légalité homme/femme dans les entreprises et dans l’administration (salaire, postes, parité) ;
  • Prise en compte des menaces liées au développement durable et changement climatique (générations futures, éthique écologique, cadre de vie, migrants) ;
  • Renouvellement du personnel syndical par l’émergence de jeunes cadres syndicaux ;
  • Défense des droits de la presse (lien indissociable entre presse et démocratie) ;
  • Commission d’un audit sur la gestion de l’Ipres pour éclairer les bénéficiaires et les populations etc.

A notre avis, c’est là où réside la problématique de l’action syndicale et non l’avènement de la représentativité syndicale derrière laquelle le signifiant s’efface devant le signifié.

En conclusion, le contexte actuel doit permettre au mouvement syndical de prendre en compte les besoins et préoccupations auxquels sont confrontés les travailleurs. Il doit en conséquence arrêter ses simagrées et jacqueries dans la perspective d’élever le niveau de conscience des classes sociales pour leur permettre de lutter avec ténacité, témérité, pugnacité face au monstre qui est cette mondialisation.

 

Kossoro CISSOKHO
Expert-juriste consultant
Ancien secrétaire Général
Chargé des relations internationales du syndicat des cadres de la Sonatel (Synes)

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