Quand la voix de Satan retentit à Touba


«Mourides, levez-vous, chantez, dansez, tout est désormais permis !»
Le rêve de Youssou Ndour est enfin devenu une réalité. Il a tenté à plusieurs reprises de poser un acte de légitimation «spirituelle» et «religieuse» de sa musique. Une musique mondaine en porte-à-faux avec les enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba. Une musique satanique interdite aux musulmans (haram). En tout cas, c’est ce qui est clairement écrit dans le fameux ouvrage Khouratoul Hayni ou Lumière sur les pratiques islamiques de Serigne Chouaibou Mbacké, fils de Serigne Touba. Donc, la pratique de la musique (entre autres) est un interdit qui mène l’humain vers l’enfer.
Loin de vouloir s’acharner sur Youssou Ndour, le musicien, même s’il est ministre, doit circonscrire son terrain de prestation et  en «bon mouride» œuvrer à la préservation «l’inviolabilité» de la ville sainte de Touba telle qu’émise par le Cheikh dans Matlaboul Fawzaïni (La quête du bonheur des deux mondes).
Youssou Ndour et les personnes qui lui ont donné le «ndigueul» d’élever sa voix à Touba ont posé un acte qui enfreint les règles les plus élémentaires édictées par Cheikh Ahmadou Bamba. Ils viennent de bafouer le combat gagné par les khalifes de Bamba sur les interdictions dans la ville Sainte. En tout cas, Serigne Abdoul Ahad, qui en avait fait le combat de son Khalifât, transmettant le flambeau à ses successeurs, ne serait jamais content de cette attitude inqualifiable.
Pour vous rafraîchir la mémoire, Youssou Ndour et ses complices «sataniques» ne se sont jamais désespérés de leurs manigances. Pour preuve :
– Première tentative : Youssou Ndour, dans sa musique orientale où il avait chanté les chefs religieux du Sénégal, a été de vouloir tourner un clip sur Bamba, entre la grande mosquée et Daaray Kaamil. Il y avait même bousculade sur ce Bercy de Touba avorté. A l’époque, Serigne Moustapha Diattara, le conservateur de la bibliothèque Cheikhoul Khadim, avait refusé, chassant comme un malpropre le chanteur.
– Deuxième tentative : Youssou Ndour a voulu offrir gracieusement un matériel de sonorisation haut de gamme à la grande mosquée de Touba. Ce qui a été refusé par les autorités de la cité religieuse à l’époque. Des autorités qui ont voulu toujours garder le caractère sacré de la ville sainte telle que recommandé par le Cheikh dans Matlaboul Fawzaïni (La quête du bonheur des deux mondes).
– Troisième tentative : Puisqu’il n’y a jamais deux sans trois, c’est de mettre gracieusement sa télévision, la Tfm, à la disposition de la famille de Serigne Fallou. Et pourtant, Serigne Abdou Fatah, pour ne pas le nommer, a fait une sortie à une semaine de Magal, s’attaquant sévèrement à Racine Talla, le Dg de la Rts, alors que la télévision nationale n’a jamais manqué à un Magal. Mieux, la Rts y envoyait des équipes de reporters depuis Serigne Modou Bousso, en passant par El Hadji Bara, jusqu’à Serigne Abo Mbacké, actuel khalife de Serigne Fallou. Des années avant l’arrivée de l’actuel Dg de la Rts (que je ne m’essaye même pas de défendre).
Aujourd’hui, l’honneur de la Rts est intact, car sur le plan des annonces publicitaires, la chaîne nationale, tout comme la télévision, a gracieusement offert un certain nombre de bandes annonces au Comité d’organisation du Magal, des équipes sont aussi déployées le jour du Magal et tous les engagements pris sont respectés. Ce n’était qu’une parenthèse suite à la sortie malheureuse de Serigne Abdou Fatah. On comprend maintenant pourquoi cette levée de boucliers contre la Rts. Il semble que le deal a consisté à assurer des heures de direct sur la Tfm contre quelques notes de la voix du «Roi du mbalax» (qui est venu d’urgence à Touba lorsqu’on lui avait promis de chanter à Touba). C’est une erreur technique, une fausse note dans le Kazou Rajab qui a créé un mécontentement généralisé de toute la communauté mouride. Il y en a parmi les chefs religieux qui ont pleuré à chaudes larmes, inconsolables face à cette dérive. Certains sont tombés en transe, déçus, abattus, surpris.
Un acte qui survient dans la cérémonie officielle du Kazou Rajab (prières et recueillement), interpelant les gardiens de l’orthodoxie mouride, dont l’un des responsables est Serigne Modou Lo Ngabou, petit-fils de Serigne Touba.
Même si on apprend que Serigne Abdou Fatah a présenté ses excuses publiques face à la presse au lendemain de cette «fausse note musicale».
Avec cet acte, les Mourides ont le droit de se poser des questions sur les véritables raisons de ce  «play-back», véritable dérapage religieux. Et des réponses doivent être immédiatement obtenues, car aucun khalife général des Mourides n’a jamais cautionné une telle attitude qui ne les honore guère. Il y a combien de chanteurs de khassaïdes présents à cette cérémonie, maîtrisant mieux que Youssou Ndour les poèmes wolof (wolofal) de Serigne Moussa Ka sur Serigne Fallou et qui n’ont pas le privilège de les psalmodier devant une si auguste assemblée mouride ?
Le Kazou Rajab de cette année sera incontestablement celui des dérapages les plus flagrantes qui sapent les fondements du legs de Cheikh Ahmadou Bamba, dont Serigne Fallou était un infatigable défenseur. Et cette année, la déception est grande pour un évènement religieux débuté par la lecture du saint Coran, marquée par la psalmodie sans interruption des khassaïdes (écrits) de Cheikhoul Khadim. Un Magal qui a tristement pris fin par une chanson de Youssou Ndour. Heureusement, juste après cette malheureuse intrusion musicale, l’appel à la prière dans la grande mosquée a retenti pour remettre les pendules à l’heure de l’orthodoxie islamique, mouride si chère à Serigne Touba.

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Jean Habib Mimran MBAYE
Consultant – Communicant

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