Et les programmes de campagne dans tout ça ?


A l’orée de la date limite de dépôt des listes proportionnelles et majoritaires en perspective des prochaines élections législatives, nous assistons avec désolation à une querelle de positionnement entre partis politiques de l’opposition, en lieu et place d’une discussion sérieuse autour des orientations programmatiques de leurs entités respectives. Ce qui s’est traduit par une floraison de coalitions, issues pour la plupart de leur grande coalition d’antan dénommée Manko wattu senegaal. Situa­tion qui nous pousse à nous poser un certain nombre de questions vis-à-vis du Peuple, notamment celle-ci : les Sénégalais ne méritent-ils pas d’être édifiés sur leur sort ? Si ! Nous dirons autant que nous sommes. Du moment qu’avant de remplir sa principale vocation qui est de conquérir le pouvoir, le parti politique doit d’abord faire miroiter au Peuple une perception combinatoire et planifiée de nature à lui faire atteindre ses objectifs. Ce qui ne pourrait être possible sans programme.
Pour ce faire, il lui est permis, comme à l’ère où nous sommes, de nouer des alliances stratégiques pour y accéder plus facilement. Cependant, le parti politique en tant que tel doit bien choisir ceux avec qui il doit cheminer, surtout sur le plan programmatique.
D’autant plus que restrictivement, au sens de «Politikè» ou d’art politique, «la politique se réfère à la pratique du pouvoir, soit donc aux luttes de pouvoir et de représentativité entre des hommes et femmes de pouvoir, et aux différents partis politiques auxquels ils peuvent appartenir, tout comme à la gestion de ce même pouvoir». Ainsi, cette lutte devant aboutir à la gestion du pouvoir se veut irréprochable. C’est pourquoi nous nous sommes permis de procéder à la modeste analyse suivante :
Nous sommes à quelques encablures desdites élections. Et très objectivement, hormis la coalition Benno bokk yaakaar qui veut très naturellement s’appuyer sur la prochaine Légis­lature pour poursuivre tranquillement son référentiel de la politique économique et sociale qu’est le Pse, aucune des autres coalitions en lice n’a encore soulevé dans leurs tractations de confection des listes un programme politique ou électoral digne de ce nom. Si ce n’est pour la plupart «on veut arrêter les dérives de Macky Sall». Alors que le minimum pour des candidats à n’importe quel type d’élection est de promettre un ensemble de mesures qu’ils s’engagent à mettre en place une fois élus. En l’espèce, à leur élection comme députés, même s’il ne leur revient pas de définir la politique de la Nation, il leur est néanmoins permis d’élaborer et de proposer des lois qui seront voulues par eux et non pas par l’Exécutif, en toute conformité avec leurs engagements ; d’où l’importance d’un programme politique qui leur est propre aux Législatives et qu’ils promettraient de mettre en application, s’ils sont majoritaires à l’instar des autres pays de référence.
Pour ne citer que le cas de la France, nous avons suivi que, malgré la courte durée entre l’élection présidentielle et celles dites législatives de cette année, les deux principaux partis et leurs alliés que sont Les Républicains et le Parti socialiste ont respectivement tenu à décliner le 9 mai courant leurs programmes de campagne, même s’ils sont différents de ceux de la Présidentielle passée. Au Sénégal, jusqu’à ce jour, aucune des principales coalitions en gestation ne laisse, ne serait-ce que par orthodoxie, présager l’établissement de programme commun à présenter à leurs concitoyens. Se laissant ainsi emporter passionnément par les investitures. Positionnement oblige ! Ce qui est assez incongru.
De ce fait, sans véritable programme de campagne, elles comptent profiter de la faiblesse et de l’indécision de certains électeurs pour s’emparer du pouvoir (législatif) tout en se référant de Machiavel qui disait que «les hommes changent volontiers de maître en pensant rencontrer mieux». En d’autres termes, «la foule est versatile, elle renie ses chefs comme elle les a adorés». Raisons pour lesquelles, pour parer à toutes ces éventualités, le pouvoir en place se doit de se ressaisir et de vulgariser au maximum ses réalisations, car ce n’est donc toujours pas parce qu’on a le sentiment d’avoir bien exécuté ce pourquoi on a été élu qu’il faut en attendre une reconnaissance. On peut même dire que c’est le contraire qui a souvent prévalu. D’ailleurs, l’histoire nous a enseigné que les hommes d’Etat qui ont toujours accompli leurs missions avec véhémence sont pour la plupart remerciés après l’accomplissement des tâches pour lesquelles ils avaient été plébiscités. Le Président Abdoulaye Wade en est une parfaite illustration. Ce qui fût également le cas de De Gaulle, Roosevelt et Churchill qui, à la fin d’une seconde Guerre mondiale bien réussie en termes de traités, sont tous tout bonnement recalés. Seul rescapé de leur «carré» de l’époque, Staline, en pur dictateur régnant par la terreur, était resté au pouvoir.
Alors, nous lançons solennellement un appel à nos professionnels de l’information, particulièrement aux journalistes qui partagent quotidiennement avec nous «l’oïdium du déclassé», de recentrer le débat autour de l’essentiel, à savoir les programmes (ce pourquoi, les candidats veulent être élus) afin d’éviter le syndrome du plus grand sociologue allemand du 21ème siècle Max Weber, qui disait dans son ouvrage Le savant et le politique que «toutes les luttes partisanes ne sont donc pas uniquement des luttes pour des buts objectifs, mais elles sont aussi et surtout des rivalités pour contrôler la distribution des emplois».
Qu’Allah Swt veille sur notre cher Sénégal … Amen
Elhadji Daniel SO
Président d’En Mouvement ! Défar Sénégal

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