Législatives du 30 juillet 2017, les frustrés feront-ils la différence ?


Le 30 mai 2017, 45 coalitions, souvent nées dans la douleur avec un parfum de trahison et de contre trahison, ont déposé leurs listes départementales et nationales au ministère de l’Intérieur pour prendre part aux consultations pour l’élection des députés de la 13ème Législature. Le nombre élevé de coalitions engagées dans le scrutin du 30 juillet 2017 est tout simplement le reflet de l’inflation non maîtrisée de partis politiques au Sénégal. Comment un tout petit pays comme le nôtre, un pays démocratique qui a connu 2 alternances sans coup férir, peut-il avoir plus de 200 partis politiques ? La pléthore de partis politiques et de coalitions actuelles est la conséquence d’un manque notoire de démocratie dans ces formations. C’est pourquoi on crée un parti politique ou mouvement citoyen au Sénégal à chaque fois qu’on est en disgrâce dans sa formation ou association. Il est temps, pour consolider notre démocratie et permet­tre à toutes nos ressources humaines politiques de s’épanouir dans leurs formations et d’avoir des ambitions légitimes nationales ou locales sans crainte de représailles, de démocratiser nos partis politiques, syndicats et associations citoyennes. Les hommes politiques et syndicalistes ne sont favorables à l’alternance que si elle s’applique au sommet de l’Etat.
En suivant le processus de formation et de déformation des coalitions ces jours passés, on remarque pour s’en désoler l’immaturité flagrante de la classe politique sénégalaise. On a pu constater in situ et in visu que les hommes politiques sénégalais sont en retard par rapport aux citoyens électeurs. Les chefs de parti, quelle que soit la taille de leur formation, quels que soient leurs scores aux dernières élections ou l’âge de leur parti politique, se considèrent comme des leaders nationaux, des hommes d’Etat. Aucun d’entre eux n’accepte d’être derrière un autre. Ils sont tous des colonels, on ne les commande pas, on commande avec eux. C’est ridicule ! Comment dans ces conditions convaincre les populations que seuls leurs intérêts motivent leur agitation ? N’y a-t-il pas de risque de confier le destin de notre pays à des gens qui ne peuvent s’entendre sur rien ? S’il y a cohabitation le 30 juillet 2017, comment sera gouverné le Sénégal ? Qui sera Premier ministre ? Le nombre exagérément élevé de coalitions dans les rangs de l’opposition est un réel motif d’inquiétudes pour l’avenir de notre pays. Avec cette division que rien ne justifie objectivement, l’opposition est-elle en mesure de proposer aux Sénégalais un programme alternatif au Pse ? Si l’opposition était dans la posture de gagner le 30 juillet 2017, elle aurait créé une seule, au pire 2 coalitions pour faire face à Bby, la coalition présidentielle. Avec l’éclatement de Manko taxawu senegaal, peut-être sans le savoir, l’opposition a donné un coup de pouce déterminant à la coalition présidentielle pour le gain du scrutin du 30 juillet 2017.
Qu’on soit pour ou contre le Président Macky Sall, on doit lui reconnaître qu’il a bien géré la coalition qui l’a porté au pouvoir. Il a convaincu le Ps et l’Afp, poids lourds de Bby, de continuer à cheminer avec lui dans l’esprit «on a gagné ensemble, on gouverne ensemble». Plusieurs fois, la presse a annoncé l’éclatement de Bby qui s’est finalement révélé la première coalition qui a vécu 5 ans au Sénégal. En 2000, la coalition qui avait porté le Président Wade au pouvoir a volé en éclats au bout de 11 mois d’existence. Sans doute le Président Macky Sall a compris que pour garder le pouvoir, avoir une majorité parlementaire stable et un 2ème mandat, il devrait, quoi que cela lui coûte, conserver Bby et le fortifier même si c’est au détriment de son propre parti. Le Président Macky Sall a réussi cette prouesse même s’il est évident que le Ps et l’Afp ont beaucoup perdu entre 2012 et 2017. Les partis politiques et mouvements citoyens sortis de leurs flancs les ont incontestablement affaiblis. On peut noter aussi que le Président Macky Sall n’a pas significativement renforcé sa coalition par l’arrivée de nouvelles forces politiques d’envergure.
Le choix des candidats à la députation par les coalitions de l’opposition et de Bby, le 30 mai 2017, a engendré inévitablement beaucoup de frustrés. Le nombre de candidats recensé dans les rangs de Bby et les difficultés rencontrées dans le montage des coalitions dans le camp de l’opposition sont des indicateurs fiables que les frustrés, les mécontents, les déçus sont si nombreux qu’ils pourraient faire la différence le 30 juillet 2017. Bby et l’opposition ont intérêt à développer la bonne stratégie pour gérer au mieux leurs responsables et militants insatisfaits.
Beaucoup d’électeurs de l’opposition avaient fondé un immense espoir sur Manko taxawu senegaal. Cette coalition pouvait potentiellement se présenter comme l’alternative de Bby. Une bipolarisation salutaire pour notre démocratie se profilait déjà à l’horizon 2019. Quelle déception ont accusé les électeurs de l’opposition lorsqu’ils ont lu et/ou entendu dans la presse que Manko taxawu senegaal a éclaté en plusieurs morceaux ! Les coalitions nées suite à cette explosion sont-elles crédibles, pourront-elles faire face à Bby, susciteront-elles la sympathie des électeurs ? Rien n’est moins sûr. Il est permis de penser que cette explosion aura des conséquences probablement négatives pour l’opposition dans sa globalité. A cela, il faut ajouter que beaucoup de ratées ont été notées lors des investitures avec leurs lots de frustrés.
Quant à Bby, les investitures n’ont pas été également faciles. Le président de la coalition a fait les arbitrages pour les 45 départements dans un délai très court, mais aussi dans un environnement de tension extrême qui ne permettait pas de prendre en compte tous les paramètres pour faire le meilleur choix induisant un minimum de frustrés et de déçus. Le président de Bby a tellement compris cet aspect qu’il a sorti un communiqué pour demander aux investis d’être humbles et aux recalés d’accepter son choix et d’être solidaires en accompagnant les candidats pour une victoire éclatante. La démarche du président de Bby est préventive et montre qu’il a pris la mesure du risque de démobilisation et de vote sanction dans son camp. Comment faire pour calmer et remobiliser les candidats et militants déçus de Bby ? Le Président Macky Sall et son Pm, tête de liste nationale, ont la grande responsabilité de redonner le moral à leurs troupes et de les remobiliser pour la victoire le 30 juillet 2017. Peut-être avec le temps, certains :responsables déçus pourraient revenir à de meilleurs sentiments avant les élections, mais les échos provenant des départements et de grands responsables de l’Apr, du Ps et de l’Afp ne sont pas rassurants pour Bby.
Au soir du 30 juillet 2017, les coalitions pourraient se rendre compte que les frustrés ont fait la différence dans beaucoup de localités surtout si la période post investiture n’est pas gérée convenablement.

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Pr Demba SOW
Ancien député
Ancien conseiller économique et social

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