Salaire de Moustapha Niasse : quand le Dr Malick Diop se plante et enfonce son mentor


Dans sa livraison n°7559 du mardi 30 mai 2017, Walf quotidien a publié un droit de réponse du Dr Malick Diop, membre du Bureau politique et porte-parole de l’Alliance des forces de progrès (Afp), qui a cru devoir faire une sortie pour laver à grande eau son mentor qu’«une contrevérité, une affabulation, une calomnie et un acte délibéré ont tenté de salir». Je salue au passage l’esprit de dépassement des responsables du journal Walf quotidien qui ne se sont pas sentis obligés de publier en-dessous du droit de réponse l’inévitable Note de la rédaction (Ndlr) pour avoir le dernier mot comme le font systématiquement beaucoup de canards interpellés dans ce genre de situation. Maintenant, à bien disséquer le texte du porte-parole de l’Afp, on y relève des choses très bizarres.
D’abord, il n’avait pas besoin pour asseoir sa «vérité limpide» de pousser aussi loin le souci du détail jusqu’à parler de la solde mensuelle indiciaire de 400 mille francs Cfa «seulement» si c’est pour aboutir plus loin à un net à payer total de… 4 millions 500 mille francs Cfa. Le grand écart.
Mais là où ça frise le scandale, c’est lorsque le Dr Malick Diop révèle que le minimum fiscal du président Moustapha Niasse est de 1 000 francs Cfa, ses impôts sur le revenu de 38 mille 167 francs Cfa et les retenues opérées sur son salaire à destination de la caisse pour la retraite des députés de l’Assemblée nationale de 36 mille francs Cfa ; d’où un total des retenues évalué à 72 mille 167 francs Cfa sur la fiche de paie de l’honorable député et président de l’Assemblée nationale du Sénégal. Résultat des courses, il ne restera au président Moustapha Niasse que la somme de 527 mille 833 francs Cfa. Autrement dit, des broutilles qui ne permettent pas à la 2ème personnalité de l’Etat de vivre décemment dans cette vallée de larmes qu’est ce pays où la flambée des prix condamne même les salariés à bien serrer la ceinture pour ne pas tirer le diable par la queue. Heureusement que l’indemnité de représentation, d’un montant de 3 millions 973 mille 167 francs Cfa, donne au salaire du président de l’Assemblée nationale des allures plus conformes à son rang et à son statut.
Ouf, l’honneur est sauf. Mais à titre de comparaison, le simple fonctionnaire que je suis, illustre inconnu dans la hiérarchie de l’Etat, là où le président de l’Assemblée nationale se voit prélever des impôts sur le revenu d’un montant de 36 mille 167 francs Cfa alors qu’il palpe 4 millions 500 mille francs Cfa net, aux dires du Dr Malick Diop, votre serviteur qui perçoit naturellement une misère se retrouve avec des impôts sur le revenu d’un montant de 97 mille 985 francs Cfa auxquels il faut ajouter un «Ipres général» de 16 mille 800 francs Cfa et un «Ipres cadre» de 15 mille 718 francs Cfa ; d’où un cumul des retenues défalquées sur mon salaire par l’Etat du Sénégal d’un montant de 130 mille 503 francs Cfa par mois. Sans compter mes engagements personnels qui me coûtent la peau des fesses et réduisent ma paie à quelque chose qui ressemble à une bourse d’étudiant.
Comment le salaire d’un grand commis de l’Etat, de surcroît dauphin constitutionnel du chef de l’Etat, logé aux frais de la princesse, peut-il être aussi faiblement imposé là où un simple fonctionnaire qui est payé 10 fois moins se retrouve avec des impôts nettement supérieurs ? Quelle injustice ! Aidez-moi à comprendre ! Le Dr Malick Diop a voulu défendre son patron, mais par maladresse et manque d’habileté dans le raisonnement, il s’est tiré une balle dans le pied et a involontairement éventé un grand scandale, celui du traitement discriminatoire de ses agents par l’Etat du Sénégal. Selon Ousmane Sonko, ex-inspecteur des Impôts, «prélever moins de 40 mille francs sur un brut imposable de 722 mille 504 francs Cfa, c’est très peu». La base de calcul des impôts des députés est injuste, à son avis. En réalité, le député du Sénégal ne paie pas «le juste impôt». On n’a pas trouvé jusqu’ici la justification d’un tel traitement de faveur pour des gens déjà grassement payés, mais tout juste pour dormir et applaudir dans l’Hémicycle.
Au surplus, il faut relever l’analyse très sélective du Dr Malick Diop qui a omis sciemment de parler des fonds politiques ou «caisse noire» du président Moustapha Niasse, à hauteur de 50 millions de francs Cfa par mois, et qui rentrent bien dans ses émoluments. Il n’en a pipé mot. Le véhicule de fonction, la dotation de carburant, la facture téléphonique, le passeport diplomatique et les autres bakchichs, n’en parlons pas ! A partir de ce moment, avec tous ces avantages, la polémique autour de 10 millions de francs Cfa ou de 4 millions 500 mille francs Cfa («une somme qui ne fait même pas la moitié des 10 millions francs Cfa annoncés urbi et orbi, Dr Malick Diop dixit») comme salaire du président Moustapha Niasse n’en est que superfétatoire.
Maintenant que le  président Moustapha Niasse, à la générosité légendaire, «n’ait pas un besoin vital sur son salaire (des miettes par rapport à son immense fortune) qu’il distribue tous les mois à des mosquées et à des lieux de culte chrétiens dans la plus grande discrétion», ça ne fait que l’honorer au plus haut point aux yeux des Sénégalais. Malheureusement, au regard des arguties spécieuses, utilisées par le Dr Malick Diop pour innocenter Moustapha Niasse, ce n’est pas terrible comme ligne de défense. Cette sortie du porte-parole de l’Afp a davantage desservi son chef, le président Moustapha Niasse qu’elle ne lui a redoré le blason. Tel l’arroseur arrosé, le Dr Malick Diop, en voulant rabattre le caquet au journaliste de Walf quotidien, auteur de l’article incriminé, s’est planté et a enfoncé son mentor.
Pape SAMB
papeaasamb@gmail.com

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