Un nouveau type de député est-il en vue avec les candidatures indépendantes ?


Incontestablement, le mode opératoire du mouvement Y’en a marre a séduit plus d’un, particulièrement dans ses stratégies populaires de défense de la Constitution du Sénégal durant la période sombre de l’histoire du pays, le 23 juin 2011.
La jeunesse sénégalaise, ou du moins une partie de celle-ci, s’est levée pour positionner ses préoccupations et attentes sur la plateforme décisionnelle de la République. Les moyens de déploiement ainsi que le ciblage ont fasciné le monde. D’abord du «daas fanaanal» qui signifie «se prémunir de sa carte d’électeur» au «doggali» voulant dire «achever la fin de règne… de Wade», le mouvement Y’en a marre a suscité un grand intérêt même sociologique pour de nombreux chercheurs qui se sont approchés des leaders afin de décortiquer le phénomène et de l’appréhender du point de vue de la recherche.
Et le mouvement ne s’est pas arrêté là. Il a inventé le Nts, sigle qui signifie Nouveau type de Sénégalais. Il a dû en arriver à un constat qu’il faut soigner l’homme pour soigner le mal. L’homo senegalensis ne fait plus rêver, il est anachronique, il est dépassé par des citoyens de pays qui étaient à la traîne il y a quelques décennies.
Vous me direz que c’est une entreprise audacieuse et prétentieuse que ces jeunes ont de vouloir pénétrer le caractère oisif, logorrhéique et attentiste du Sénégalais pour en transformer l’âme, en vue de refonder un nouveau type qui soit entrepreneur et citoyen avec un sens élevé du bien commun, de l’initiative citoyenne et économique, avec en bandoulière la volonté de servir son pays et non de se servir de son pays.
Ce nouveau type de sénégalais que ces jeunes ont laissé apparaître en pointillé dans leur programme citoyen est une donnée générique qui engendre un nouveau type de Président, un nouveau type de paysan, un nouveau type de maire, un nouveau type de marchand ambulant, un nouveau type de conducteur de car Ndiaga Ndiaye, un nouveau type d’activiste du mouvement irrédentiste casamançais, un nouveau type de politicien et d’opposant, un nouveau type de commerçant et d’industriel qui œuvrent davantage pour le patriotisme économique, un nouveau type de député.
Ce Nts que nous appelons de tous nos vœux tarde cependant à émerger.
En effet, on en est encore à attendre un président de la République qui jette aux oubliettes cette fonction de prestige du chef de l’Etat et qui promeut un type nouveau de Head master, manager à la tête de la République qui écoute son Peuple profond, qui incarne les ruptures dans la gouvernance non pas au service d’une classe sociale, les haut d’en haut, mais au service de la masse silencieuse de défavorisés qui n’ont d’abord que le président de la République comme principal garant de la défense de leurs intérêts.
C’est un Président qui refuse les schémas classiques des politiciens carriéristes qui excellent dans les guerres de positionnement et des querelles de chapelle, un Président qui ne cherche nullement à corrompre le milieu spirituel incarné par nos vaillants marabouts. Enfin, un Président qui rompt avec le rituel des Conseils de ministres qui font le tour d’horizon des questions d’intérêt national avec des solutions à la clé suivies d’instructions à exécuter et qui malheureusement sont oubliées tout juste après jeudi.
Le Nts tarde à émerger vraiment. Et tous ces marabouts qui ont fait la fierté du Sénégal doivent aussi comprendre le coup de gueule de ces jeunes révolutionnaires lucides qui ont envie de dire à leurs wassila que le respect qu’on leur voue est tributaire de la distance qu’ils gardent avec le milieu politicien et le monde temporel.
Si Serigne Touba ou Mame El hadji Malick Sy ou encore Bou Kounta ou je ne sais qui sont restés des références dans le monde musulman, c’est parce qu’ils ne se sont jamais intéressés à des passeports diplomatiques, à l’activité politique pure, aux cocktails dinatoires ou autres mondanités.
Le Nouveau type de marabout est certainement à réinventer pour asseoir solidement les ressorts psychologiques et les amortisseurs sociaux qui gardent la Nation surtout pendant les imprévisibles moments de convulsions sociales.
Je vais me dévoiler ce que j’apprécie le plus chez les Y’en a marristes, c’est cette capacité auto flagellatrice qui est devenue rare dans nos sociétés et qui consiste à se dire : soit je suis exigeant vis-à-vis de moi-même comme je le suis avec les autres. La réponse coule de source. Nous Sénégalais, nous évitons la glace de peur de voir l’image hideuse qu’elle nous renvoie. Nos amis burkinabè le disent si bien, la photo ne renvoie que notre propre image ; si vous êtes moche, l’image ne peut être angélique.
A vrai dire, en parcourant les rues de Dakar, et en voyant de grandes personnes faire leurs besoins dans la rue, en voyant des hommes et des femmes déposer leur ruralité dans l’espace urbain, en voyant tous les jours des agents de la force publique s’avilir au point de réclamer aux conducteurs de taxis défaillants le billet de 1 000F, en butant sur les tracasseries administratives en cherchant un papier, tracasseries qui n’ont pour finalité que de vous soustraire de l’argent indu, on se rend compte à quel point les jeunes du mouvement Y’en a marre ont analysé la société sénégalaise.
Le ver est dans le fruit. Pour développer un pays, il faut créer les conditions préalables du développement pour parler comme Rostow. Sur ce point, malgré les attaques sur son approche du développement linéaire, Rostow n’a pas tout à fait tort, il faut un minimum de citoyenneté, d’éthique, de bonne gouvernance, de vertu au cœur de la République, d’attitude de servitude pour l’intérêt général, de cohésion nationale, mais aussi de rêve.
Le rêve a produit un certain Barack Obama, Africain-Américain issu de milieu défavorisé, rêvant de donner une leçon de démocratie et de suprématie de la République sur les clans, et qui est devenu le Président des Etats-Unis d’Amérique, un certain Emmanuel Macron, devenu jeune président de la République d’une France des grands hommes de culture.
C’est ce rêve qui doit nous conduire à élire des députés imbus des valeurs de la République, préoccupés par le devenir de la jeunesse de son pays, par l’émergence réelle du Sénégal en dehors des slogans creux et mobilisateurs, qui sont destinés à la consommation locale et à l’attractivité internationale.
Cheikh FALL
Travailleur social spécialisé – Juriste
Président d’Acopa «Action contre la pauvreté»

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