Législatives du 30 juillet 2017, un scrutin de tous les dangers pour l’élection présidentielle de 2019 Par Pr Demba Sow


Législatives du 30 juillet 2017, un scrutin de tous les dangers pour l’élection présidentielle de 2019  Par Pr Demba Sow

Les élections législatives du 30 juillet 2017 vont être la consultation électorale la plus disputée au Sénégal depuis la première alternance démocratique intervenue en 2000. Une cinquantaine de listes ont été validées au Ministère de l’Intérieur. La mouvance présidentielle et l’opposition se disputent 165 députés dont 15 dédiés à la disposa.
Le camp présidentiel amené par BBY semble avoir des atouts pour remporter les législatives de juillet prochain. Le Président Macky Sall compte à nouveau sur la coalition qui l’avait porté au pouvoir en 2012 pour obtenir une majorité écrasante lui permettant de gouverner au mieux le Sénégal. Le Président de BBY est un homme politique très doué, sans doute l’un des plus doués de sa génération. Génie politique incontestable, il maitrise parfaitement les chefs de partis de sa coalition et est proactif sur le terrain politique. Toutefois, son parti, l’Alliance Pour la République, a trop vite et mal grandi. Les responsables de l’APR n’ont pas eu le temps de murir politique avant de conquérir le pouvoir. C’est pourquoi le parti présidentiel a l’allure dans les départements d’une vraie armée mexicaine évoluant dans un désordre entropique qui ne favorise pas une entente entre camarades républicains, le respect de la discipline du parti et l’émergence de nouveaux « patrons » politiques dans les localités. Le Président de l’APR a fait lui-même ce constat, publiquement, à plusieurs reprises. La conséquence de cette croissance non maitrisée du parti présidentiel est la violence constatée à chaque réunion publique, le nivellement vers le bas du débat politique interne et même externe. Certes l’APR s’est massifiée mais avec un flux et reflux de transhumants, phénomène inhabituel au Sénégal pour un parti au pouvoir. Beaucoup de têtes de listes départementales de l’opposition sont des transhumants qui avaient déposé leurs baluchons dans les locaux du parti présidentiel mais qui ont finalement quitté cette formation très inhospitalière. L’APR, parti non structuré donc sans patron, ne joue pas pleinement son rôle de locomotive de BBY et n’occupe pas assez le terrain politique pour faire face à l’opposition qui s’installe dans les départements, souvent en recrutant dans les rangs républicains. Le Président de l’APR est souvent obligé de faire des rappels à l’ordre à ses camarades en des termes très durs pour les calmer et les ramener à la raison.
BBY se porte bien au sommet mais elle est léthargique ou en dormance à la base. De l’avis de beaucoup de responsables et de cadres républicains, le parti et son Président n’utilisent pas assez les mouvements intégrés et de soutien notamment la CCR, le RUR, le Réseau des Enseignants Républicains, l’Ecole du parti, le Mouvement National des Femmes, le Club Sénégal Émergent…dans leur combat politique contre l’opposition et pour le développement. Seules en réalité la COJER et quelques rares individualités politiques sont au front pour défendre le Président de la République et son gouvernement. Avec des partis alliés délestés d’une grande partie de leur poids électoral, BBY est une coalition stable mais présente beaucoup de signes de faiblesse préoccupants.
Concernant l’opposition, elle s’est significativement renouvelée et rajeunie avec des leaders engagés et de grande envergure : Abdoulaye Baldé, Abdoul Mbaye, El Hadji Malick Gakou, Ousmane Sonko, Pape Diop, Khalifa Sall, Aïssata Tall Sall, Aïda Mbodj, Modou Diagne Fada etc. Les nouveaux opposants ne doivent pas faire oublier les anciens qui ont fait toutes les guerres tels que Abdoulaye Wade, Idrissa Seck, Karim Wade, Cheikh Bamba Dièye, Maitre El Hadji Diouf, Cheikh Tidiane Gadio, Amsatou Sow Sidibé etc. Le Sénégal a rarement eu un personnel politique aussi mature et jeune qu’actuellement. Toutefois, comme l’APR, l’opposition sénégalaise se comporte également comme une armée mexicaine composée que de colonels. Les leaders qui s’opposent au Président de BBY semblent n’être d’accord sur rien et pourtant ils sont persuadés d’être en mesure d’imposer la cohabitation au Président Sall au soir du 30 juillet 2017.Très divisée, cette hypothèse de l’opposition semble peu crédible même si les frustrations consécutives aux investitures pourraient lui être favorable.
Le Président Macky Sall et ses alliés bien fidélisés vont affronter une opposition certes divisée mais forte de ces leaders offensifs et déterminés. La sous-estimer comme semble être le cas dans la mouvance présidentielle n’est pas la bonne stratégie à adopter à l’occasion du scrutin du 30 juillet 2017. Reconnaître le talent et la force de son adversaire ne diminue en rien les chances de le vaincre. En matière de compétition, l’excès de confiance mène souvent à la défaite.
Au soir du 30 juillet 2017, le score de la mouvance présidentielle et celui de l’opposition donneront des indications intéressantes sur l’élection présidentielle de 2019.
Si BBY obtient le 30 juillet 2017 un score qui frôle ou dépasse les 60%, le Président Sall pourrait envisager une réélection au 1er tour en 2019. Avec un tel score, les acerbes critiques de l’opposition et l’érosion probable de la popularité du Chef de l’Etat ne pourraient empêcher BBY de dépasser les 50% des voix permettant une réélection au 1er tour. Cette projection vers un 2ème mandat pour le Président de la République doperait la mouvance présidentielle entrainant consécutivement une massification supplémentaire de l’APR et de ses alliés de BBY. Dans cette hypothèse très favorable à la coalition présidentielle, le Président Macky Sall pourrait gouverner en toute sérénité jusqu’en 2022.
Par contre, avec ce score frôlant les 60%, l’opposition perdrait le pari d’imposer la cohabitation au Président Sall avec un risque induit de dislocation de sa pléthore de coalitions et une migration probable de certains de ses leaders vers la prairie marron-beige. Avec un score inférieur à 40% des voix, l’opposition sénégalaise aurait peu de chance alors d’amener le Président Sall au second tour en 2019. Dans cette hypothèse défavorable mais probable, les législatives du 30 juillet 2017 pourraient être un scrutin de tous les dangers pour l’opposition avec un risque significatif de perdre la présidentielle de 2019.
La coalition BBY pourrait, en deuxième hypothèse, remporter le scrutin avec un score autour de 50% des voix. Le Président Macky Sall pourrait toujours obtenir une majorité parlementaire confortable lui permettant de gouverner le pays en toute quiétude. Toutefois, avec un score aussi faible, le Président de la République pourrait être mis en ballotage défavorable en 2019 par l’opposition. Ce cas de figure est très dangereux pour le Président de BBY car depuis 2000, tout président sortant est battu au 2ème tour de l’élection présidentielle au Sénégal. Cette hypothèse probable de ballotage défavorable pourrait alors doper l’opposition qui va taper encore plus fort sur la mouvance présidentielle jusqu’en 2019. Avec l’hypothèse de partage quasi équitable des voix entre le pouvoir et l’opposition, la consultation du 30 juillet 2017 pourrait être un grand danger pour BBY. Le ballotage défavorable en 2019 pourrait être synonyme d’une 3ème alternance démocratique.
L’hypothèse d’une victoire de l’opposition semble impossible le 30 juillet 2017 à cause de son émiettement ante-investitures. Avec le système électoral majoritaire départemental à un tour, l’opposition divisée ne peut pas s’imposer face à BBY. Elle n’aura que des miettes sur les 90 députés (sur 165) dédiés aux départements. L’éclatement de Mankoo est l’acte ultime qui a mis fin à toute éventualité de cohabitation en 2017, sauf coup de tonnerre.
Selon le score de BBY au soir du 30 juillet 2017, le scrutin pourrait se révéler un danger soit pour la coalition présidentielle, soit pour l’opposition. Dans tous les cas de figure, l’élection présidentielle de 2019 va débuter le 31 juillet 2017. Elle sera inévitable influencée par le score des protagonistes le 30 juillet 2017. Sans doute, c’est pour cette raison que le scrutin de juillet 2017 va être la consultation électorale la plus disputée depuis 2000.
Pr Demba Sow
Ancien député
Ancien Conseiller Economique et Social
odemsow@yahoo.fr

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