Député du peuple, député du parti, député du président : A quoi rime cette volonté de se distinguer ?


Depuis plusieurs décennies, on constate à travers les comptes rendus de la presse et en suivant les débats politiques télévisés ou radiophoniques que les députés sont l’objet de beaucoup de critiques. Chaque législature qui finit est qualifiée par les opposants au régime en place de législature qui n’a été à la hauteur des attentes du peuple. Cependant, l’utilisation de la notion de peuple dans les discours des hommes politiques dont le champ sémantique est vaste et varié cause un véritable problème de légitimité de parler au nom du peuple.
En effet, le peuple s’exprime démocratiquement à l’occasion des élections ou des referendums ou de marche ou de manifestations publiques de dénonciation ou de mécontentement pour un changement de politiques ou pour d’autres motifs.

Si le peuple est mécontent des députés, il n’a jamais pourtant battu le macadam pour exprimer son ras le bol du comportement des députés à l’Assemblée nationale. Si tel était le cas, on pourrait raisonnablement dire que la législature en place à échouer au point qu’elle a provoqué l’ire du peuple qui est sorti manifester dans les rues.

Pour l’histoire, le peuple a manifesté contre le projet de loi en passage à l’Assemblée nationale le 23 Juin 2012, instituant le poste de vice-président et l’introduction du quart bloquant initié par l’ancien régime. Au finish, le projet de loi fut retiré. Ainsi, la souveraineté du peuple triompha dans le respect des règles démocratiques. Etes-vous satisfait du travail des députés ?

Cette question n’a jamais été posée au peuple ? Du fait que cette question ne lui a jamais été adressée donc, il n’a jamais rien dit que l’on puisse utiliser dans un discours politique fut il (elle) un homme ou une femme politique ou un analyste politique.

Les resultats des élections législatives passées et ceux qui sortiront des urnes le 30 Juillet 2017 peuvent-ils être interprétés comme l’expression du mécontentement du peuple lorsque l’opposition au régime les gagnera ou de son approbation, lorsque la coalition de partis politiques au pouvoir les gagnera?

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Sur ce, on dit du peuple sénégalais ou des sénégalais qu’ils ne votent pas pour des programmes, qu’ils ne votent pas pour un bilan, qu’ils sanctionnent et fonctionnent à l’affectif c’est-à-dire au feeling. Ce point de vue voudrait faire de nous un peuple à part différent des autres. Ce n’est pas une spécificité sénégalaise. Chaque individu qui vote pour un parti ou coalition de partis politiques a ses raisons propres. Il peut être avec le régime en place ou être contre. C’est son droit le plus absolu de choisir et donner sa carte à qui il veut.

Affirmer que les sénégalais sanctionnent toujours les régimes sortant, il s’agit là d’un jugement de valeur bâtit sur du sable mouvant. Véritablement, pour savoir ce qu’il en est vraiment, il faut une étude non pas sur les intentions de vote mais sur les motifs du vote.

Dans toutes les sociétés humaines, on observe des différences liées à la nature du sexe, à la race, à l’ethnie, à l’histoire, à la géographie, à la politique, à la culture, à la religion et à l’économie. Si certaines différences sont naturelles donc observent les lois de la nature par contre, d’autres différences sont la résultante de la simple volonté de l’homme de vouloir prendre le pouvoir pour dominer l’autre.

Au-delà de cet enjeu de pouvoir, il y a derrière cela la volonté de se distinguer de l’autre avec qui on est ou avec qui on n’est pas qui se trouve dans l’autre camp en face. Il se valorise en avilissant son adversaire politique. Une tendance à vouloir être comme Dieu observée chez les hommes notamment chez les hommes imbus de volonté de puissance.

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Ainsi, dans le jeu de pouvoir politique entre le régime en place et l’opposition, pour se distinguer des autres certains avancent l’argument selon lequel le député doit être au service du peuple. Il doit être un député du peuple et non un député de parti encore moins un député du Président de la république en place.
Relativement à cette appellation de député du parti et à la revendication de certains députés d’être des députés de leur parti ou de coalition de partis politiques sauvagement critiqués, force est de reconnaitre que ce reproche qui leurs est faite n’est pas juste. Pourquoi ?

Lorsqu’un député est élu sous la bannière d’un parti ou d’une coalition de partis politiques, à l’Assemblée nationale, il est un député de ce parti ou de cette coalition de partis politiques et il reste un député de cette entité politique jusqu’à preuve du contraire. Si un député est élu sous la bannière de la coalition « Benno Bokk Yakaar » il est un député de la coalition « Benno Bokk Yakaar ». De même si un député est élu sous l’étendard du Parti démocratique sénégalais, il est un député du Parti démocratique sénégalais. Quoi de plus normale ! Cependant entre ce qu’il est c’est-à-dire député élu sous la bannière d’un parti ou d’une coalition de partis politiques et ce qui est attendu de lui à l’Assemblée nationale c’est à ce niveau que beaucoup se trompent d’appréciation du rôle du député.

Si un député appartient à une majorité présidentielle ou à l’opposition, politiquement, il a un parti pris à prendre face aux questions politiques soumises au débat parlementaire. S’il est du camp présidentiel, il prend naturellement le parti de son camp. S’il est de l’opposition, il prend fait et cause pour son camp. Quand est-ce qu’un député est dit député du peuple ? Est-ce c’est quand il dit oui avec son camp ou quand il dit non à son camp. S’il est du camp, s’il dit oui à son camp va-t-on dire pour cela dire qu’il est député du Président de la république ?

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Et s’il dit non, il est député du peuple parce qu’il a osé aller à l’encontre de la volonté du Président de la république. Une autre lecture des faits est possible. On ne scie pas une branche sur laquelle on est assis.

On attend des députés qu’ils fassent des enquêtes parlementaires, qu’ils votent des lois, qu’ils fassent des propositions de loi pour les secteurs en quête de loi. Ce sont là des prérogatives qu’ils exercent librement. Mais il y a un problème. Où se trouve-t-il ?

Relativement au budget, ce n’est pas un problème parce que si les députés ne le votent pas, le gouvernement ne peut pas fonctionner. Il ne peut pas disposer de ressources. Par ailleurs, les députés ont le droit de faire des enquêtes parlementaires et des propositions de loi dans les secteurs en quête de loi.

Pourquoi ne le font-ils pas ?

C’est simple ! Ils ne le font pas, parce qu’ils ne sont pas obligés de le faire par les textes qui les régissent.

Si l’obligation de faire des enquêtes parlementaires et de faire des propositions de loi dans des secteurs en quête de loi était instituée par un texte, on pourrait enfin pouvoir mesurer le travail de chaque législature sur la base du nombre d’enquêtes parlementaires et des propositions de loi faites.

S’ils les députés ne sont obligés en rien, ils ne feront rien.

Vive le Sénégal !
Vive la république !

 

Baba Gallé DIALLO
Email : babadediana@gmail.com

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