Impression de fin de campagne…


En choisissant son Premier ministre Mahammed Boun Abdallah Dionne comme tête de liste nationale aux élections législatives du 30 juillet 2017, le chef de la majorité présidentielle, le Président Macky Sall, donna un signal politique fort à tout le monde : un poste politique, ça se mérite aussi quelle que soit la description. Là où il est, le Premier ministre Dionne ne pouvait payer un prix politique supérieur à celui qui consiste à sillonner tout le pays pour défendre le bilan du gouvernement à la formation duquel il participa et dont il coordonna l’action depuis le lancement, en 2014, du Plan Sénégal émergent (Pse). L’option du Président Sall avait donc été incontestablement de garantir aux Sénégalaises et aux Sénégalais une campagne électorale dont la qualité ne dépendait plus que de la capacité de l’opposition démocratique à contrarier objectivement le bi­lan. Où en sommes-nous à moins de 72 heures du scrutin ?
Encore une fois, un œil extérieur nous paraît plus approprié. Pas pour répondre exactement à la question posée ! Simplement parce que l’œil extérieur inspire une réflexion dans laquelle l’observateur local aurait moins de mal à se reconnaître en s’appuyant sur les faits dont il est un des témoins avisés. Cet œil est celui de Benjamin Roger, auteur dans l’hebdomadaire Jeune Afrique daté du 23 au 29 juillet 2017, de l’article sur les Législatives sénégalaises de dimanche prochain. Pour s’être contenté de présenter les principales forces politiques en lice, M. Roger rendit sa tâche moins ardue. Pour autant, les légendes au bas des trois photos ayant illustré l’article du journaliste en disent long sur les motivations de chacun : «A 91 ans, (…) Abdoulaye Wade fait son grand retour politique», «Partisans de la liste (…) menée par le maire de la capitale, Khalifa Sall», «Le Premier ministre, (…), en visite dans le Walo (…) pour défendre la coalition présidentielle»… Tout se présente dans Jeune Afrique, en tout cas, comme si la défense d’un bilan ne trouvait en face rien d’autre qu’un nonagénaire amer n’acceptant toujours pas sa défaite de 2012 et des partisans dakarois déjà chauffés à blanc pour une élection présidentielle qui n’aura lieu que dans un peu moins de deux ans.
S’agissant de l’ancien Pré­sident Wade, Benjamin Ro­ger précise sa pensée : «(…) Abdoulaye Wade n’a qu’une envie : prendre sa revanche sur Macky Sall, à qui il voue une rancune tenace. Il se peut aussi qu’il cherche à préparer le terrain pour son fils, Karim Wade.» L’histoire retiendra de Abdoulaye Wade qu’il ne prépara les fils des autres qu’aux manifestations de rue pour lesquelles il ne trouva presque jamais un motif sérieux. Inutile d’en dire plus !
Quant au maire de Dakar, il aurait été crédible dans le texte s’il avait manié des données exactes dans la lettre dont la presse lui attribua la paternité. Dans le troisième paragraphe de ladite lettre, Khalifa Sall énumère ce qu’il appelle «les échecs de la politique du pouvoir» parmi lesquels figureraient l’«endettement excessif (ratio supérieur à 62% en 2017)», le «déficit budgétaire hors norme (4,8% en 2016), conduisant à un niveau d’extrême fragilité budgétaire», l’«inflation» et le «renchérissement du coût de la vie», etc.
Sur chacun de ces sujets importants, le présidentiable autoproclamé cache la vérité à ses compatriotes. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que nous anticipions sur les mauvais chiffres de M. Sall dans une récente tribune de début de campagne. Pour une norme communautaire plafonnée à 70%, le ratio d’endettement public n’est que de 59,1% au Sénégal. De 4,8% en 2015, le déficit budgétaire n’est que de 4,3% en 2016. Il passa auparavant de 6,7% en début de mandat à 5,1%. Ce sont les services nationaux de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) qui, dans le rapport de politique monétaire de mars 2017, donnent les bons chiffres. Il ne fait donc aucun doute que le Sénégal se conformera à la norme communautaire édictée de 3% de déficit à l’horizon 2019 par «le renforcement des efforts (actuels) de mobilisation des recettes fiscales et de rationalisation des dépenses publiques». Si le taux d’inflation de 0,8% n’échappait pas à Khalifa Sall, il s’apercevrait qu’il est nettement en deçà de celui en phase avec l’objectif de stabilité des prix, «projeté à 1,7% par la Bceao». Où M. Sall est-il allé chercher le «renchérissement du coût de la vie» quand les spécialistes parlent de «repli des prix alimentaires en rapport avec l’amélioration de l’offre des denrées dans les marchés» ? Inutile, là également, d’en dire plus !
Le débat de fond sur les cinq ans de pouvoir du Président Macky Sall n’aura donc pas lieu. C’est en cette fin de campagne des Législatives les plus courues de notre histoire politique l’impression qui se dégage. Tête de liste nationale de la coalition Benno bokk yaakaar, le Premier ministre Mahammed Boun Abdallah Dionne fit son tour du Sénégal sans encombre. Le moment est peut être venu pour Dakar de n’être plus qu’un champ de ruines à chaque bataille politique. Parce que ce qui est bon pour le reste du pays qui change, grâce au Pse et aux plans d’urgence en cours d’exécution, l’est sans doute aussi pour la capitale du Sénégal et sa banlieue.
Abdoul Aziz DIOP
Conseiller spécial à la présidence de la République
Membre du Secrétariat exécutif national de l’Apr

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