Clap! Clap! Clap! Mais que personne ne danse


Clap! Clap! Clap! Mais que personne ne danse…par Amadou Tidiane WONE

Pour des élections attendues depuis cinq ans, les législatives du 30 juillet 2017 sont, d’ores et déjà, l’exception qui entache la tradition bien sénégalaise d’élections bien organisées. De l’avis général,  et depuis l’accession de notre pays à “l’indépendance” jamais un tel désordre n’avait été constaté, de la phase préparatoire à la tenue du scrutin. Il est vrai qu’il y’ a eu, par le passé, des incidents plus ou moins graves. Mais ce à quoi l’on a assisté à l’ouverture des bureaux de vote, ce dimanche 30 juillet, dépasse l’entendement. Et il fallait s’y attendre car, tous les Sénégalais ont été témoins d’un processus électoral chaotique caractérisé par des polémiques incessantes sur la fiabilité du fichier, la confection et la livraison des nouvelles cartes d’identité numérisées et autres sujets contentieux. Le paroxysme de tous ces incidents de parcours ayant été,  au jour J, le désespoir de milliers de citoyens dépossédés de leur droit de vote, soit par l’absence de leurs noms sur les listes, ou suite à une erreur d’affectation dans un bureau de vote. Et que l’on ne nous serve pas des arguments du genre à minimiser le nombre de bureaux de votes touchés par ces incidents. Il suffit de se dire que tous les 13.000 bureaux de votes n’étaient pas couverts par la presse. Nous n’avons eu droit, sur les médias, qu’à un échantillonnage représentatif des difficultés rencontrées un peu

partout au Sénégal. Le taux de participation permettra d’apprécier, entre autres, l’impact de ces disfonctionnements mais aussi la rationalité des coûts humains et financiers consentis pour les législatives de 2017 face aux résultats obtenus. 

Au demeurant, les incidents survenus dans la ville de Touba sont le révélateur d’un malaise très profond qu’il va falloir se donner les moyens de décrypter. Que s’est-il passé au point de compromettre la tenue normale du scrutin dans l’un des réservoirs d’électeurs les plus importants de notre pays?  Entre parenthèses, quelle idée d’organiser des élections en plein hivernage avec toutes les contraintes qui pèsent sur cette saison? 

Dans tous les  cas, un bilan précis et circonstancié devra être établi pour situer les responsabilités et permettre une amélioration de ce qui doit l’être avant les prochaines consultations. Au fond, il faudra aussi déterminer si la cause de tout ce charivari est liée à de l’incompétence ou à un sabotage délibéré. 

Traditionnellement consensuel, le processus électoral a été fortement secoué par des passages en force du gouvernement, sans concertation préalable avec les différents acteurs du processus électoral. Ceci est une remise en cause des acquis de la “démocratie sénégalaise” qui s’est construite, au fil du temps, dans l’écoute et le dialogue, malgré quelques poussées de fièvre à certains moments. Et cela, il faut le regretter. 

Mais, et en attendant la proclamation officielle des résultats , l’on ne peut s’empêcher d’éprouver une certaine tristesse face à la colère contenue de plusieurs de nos compatriotes déroutés par le manque de rigueur et de professionnalisme des préposés à l’accueil et à l’orientation des électeurs. Leur droit à été bafoué. Et ils n’ont aucun recours. C’est inconcevable!

Tout cela étant et, quelque soit le “vainqueur“, nous devrons collectivement être plus exigeants à l’endroit de l’administration, d’une part, mais aussi et surtout à l’égard du personnel politique. 

La campagne électorale que nous venons de vivre n’a pas été l’occasion d’un bilan du mandat des parlementaires. À aucun moment il n’aura été possible d’évaluer nos députés, qui nous coûtent cher et dont on vient d’augmenter le nombre sans raisons objectives autres que politiciennes. La majorité dite présidentielle (!) réduit son sens à soutenir, sans conditions, le Gouvernement . Jusque et surtout dans ses erreurs. Et cela n’est pas nouveau ni imputable qu’au régime actuel. Cela tient en partie au mode de scrutin qui vassalise les élus qui doivent, pour la plupart, leur élection à une place d’éligibilité dans la liste dite Nationale. Ils ne se sentent donc redevables qu’à l’appareil du Parti et notamment à son Chef. Or, les députés, représentants du Peuple, doivent protéger les intérêts de leurs mandants. C’est cela

La dignité de leur fonction. Réformer le mode de scrutin est donc, dans le système actuel, une des urgences. La formation des élus en est une autre.

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Mais tout cela est le signe qu’un malaise beaucoup plus  profond est au cœur de nos institutions. Cela va jusqu’à devoir se demander quel type de régime politique nous voulons vraiment ? Et d’abord quel modèle de progrès et de bien-être pouvons-nous concevoir pour notre Nation, par delà les héritages idéologiques en ” ismes”? Quelles mécanismes institutionnels pouvons-nous inventer pour donner corps à nos rêves et à nos ambitions? Franchement, et depuis notre “indépendance” , quelle valeur ajoutée avons-nous apportée à l’héritage institutionnel colonial français ? Pour une population francophone à 30%, nos institutions, qui persistent à les gouverner dans une langue étrangère, sont-elles pertinentes? Sur quoi alors aura porté la décolonisation ?

 Nos élites politiques semblent véritablement apeurées par ces problématiques essentielles jamais prises en charge depuis les “indépendances“. Ces sujets il les laissent volontiers aux universitaires et à quelques illuminés contenus dans des marges sociales et discursives bien définies. Et c’est ainsi que ces questions de fond sont constamment survolées sans jamais être tranchées. 

La campagne électorale se réduit désormais à des processions de véhicules faisant des haltes intermittentes pour déverser des décibels et attirer quelques badauds pour le décor. Ensuite le leader prend la parole, haut perché sur le toit de sa voiture pour débiter quelques banalités et le cortège s’ébranle à nouveau. Et les badauds se dispersent. L’honneur est sauf: les caméras de télévision auront immortalisé le coup de bluff.  

Il est temps que la Politique redevienne une activité un peu plus sérieuse. Au fait, les acteurs politiques actuels sont-ils même représentatifs de la richesse et de la diversité de notre Nation? La question mérite d’être posée! Ils m’en voudront. Mais ce n’est pas grave. Eux-mêmes, pas tous, s’interrogent parfois… Il se trouve que, par lassitude ou par confort personnel, les plus lucides d’entre eux se laissent emprisonner par le système. Ils renoncent à vouloir “changer le monde”. Or, c’est la mission des hommes qui aspirent à diriger leurs semblables. 

Alors face à toutes ces questions, et bien d’autres encore qui méritent d’être abordées dans la sérénité, il convient d’appeler les uns et les autres à l’humilité, à l’écoute et au débat de fond. Une remise en cause en profondeur de nos mœurs politiques et sociales s’impose. Par delà la “victoire” déjà annoncée du “camp présidentiel” il va falloir s’interroger très sérieusement sur le “modèle républicain Sénégalais” .

Entre autres questions préalables à priori déroutantes : 

  1. Nous sommes francophones (même si minoritaires) , mais nous ne sommes pas “toubabs”.  Qui sommes-nous ?
  2. Nous sommes à majorité musulmans, mais nous ne sommes pas arabes. Qui sommes-nous ?
Ces questions, à l’apparence hors sujets, sont à la base des comportements névrotiques qui emprisonnent nos élites dans des schémas intellectuels qui inhibent leurs intelligences. 

Ne cherchons plus midi à quatorze heure! Notre vrai modele de progrès et de bien-être social ne peut jaillir que de la bonne compréhension de qui nous sommes et où nous voulons conduire notre pays. Toute notre architecture institutionnelle et l’ensemble de nos politiques économiques et sociales doivent découler de cela. Le reste tient à la rigueur dans la gestion de nos  ressources et à une saine définition des priorités de notre Nation. Dans la pleine jouissance de notre Souveraineté!

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En attendant, félicitations au Peuple sénégalaise qui ne répond jamais à l’appel des sirènes de la violence. Les résultats provisoires montrent une défiance… arithmétique et distillent des messages clairs. Aux uns et aux autres de comprendre ” ce qu’on ne leur a pas dit…” traduction approximative d’une expression en ouolof succulente :” xamlen lu nu leen waxul…”

Amadou Tidiane WONE

woneamadoutidiane@gmail.com

Amadou Tidiane WONE

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Homme politique.
Ancien ministre de la culture.
woneamadoutidiane@gmail.com
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