De la République à la rue publique…le danger est public


Tout évidemment, je m’incline comme tous les Sénégalais, meurtris qu’ils sont, devant la mémoire de nos chers compatriotes arrachés violemment par cet événement malheureux et douloureux du stade Demba Diop. A toutes ces victimes, qu’Allah Soubhanahou wattahala accorde toute Sa miséricorde et qu’Il les accueille en Son paradis céleste.
Par ailleurs, silence serait coupable que de se taire face à cette situation dépravante et inquiétante qui, ma foi, n’est rien d’autre que la remontée d’un nouveau mode de vie érigé en règle par toute une société. L’expres­sion à l’ivresse de la violence et de l’agressivité sous nos cieux met totalement à nue tout un système éducatif et socio-politique carrent de paradigmes et de modèles valeureux, puisés de nos bonnes élites, qu’elles soient religieuses, intellectuelles ou traditionnelles.
A travers le sport, les campagnes politiques, toutes activités de toutes sortes, le Sénégalais ne rate jamais une occasion de retourner à l’état animal. Si ce n’est pas un coup de gourdin sur la tête de sa propre mère, alors, on fend le dentier de son père à des coups de machette. Quand le «petit» taximan m’énerve, je dégaine pour l’abattre à coups de pistolet. Pour chiper à l’autre son portable, je n’hésite pas à l’éventrer. Des fois, il faut égorger la «belle» dame pour lui voler ses miettes de millions et aller se la couler douce à Rebeuss. Hier, c’était la campagne électorale, aujourd’hui c’est le stade Demba Diop. Je m’en arrête là, puisque la liste ne sera jamais exhaustive, non sans nous poser la question de savoir quel autre sort nous est réservé dans ce Sénégal où chacun peut faire ce qu’il veut en toute impunité.
Tout en sachant que je ne vous apprends rien, je voudrais à la limite attirer votre attention sur l’hypocrisie qui nous habite pour une majorité que nous sommes. Il faut admettre que dans un pays où règnent la corruption, l’injustice, l’impunité et la complaisance, on ne peut espérer mieux que le chaos et l’anarchie. Dans un pays où les «navétanes» à longueur d’année, la lutte et la musique à outrance sont une sucette pour occuper et endormir une jeunesse déjà sacrifiée par un mauvais système éducatif, un chômage et une oisiveté accrus, on doit avoir peur de ce qui nous attend. Quand la drogue et l’alcool se passent comme de petits pains devant les écoles, dans les universités, dans les quartiers de Dakar et banlieue tout naturellement, alors que cela n’émeut aucune autorité, il faut s’attendre au pire. Quand, dans un pays, les autorités trichent en légitimant le parjure, entretiennent la corruption, incarnent l’injustice, encouragent l’impunité dans la complaisance, c’est très normal que le Peuple reflète cette violence et cette agressivité morales qui, somme toute, est la règle de vie pour les plus insouciants. Dans un pays, quand les ressources sont détenues par une minorité qui en use pour abrutir le Peuple, quand l’argent est utilisé à flots pour des futilités, quand il faut tricher, voler, mentir, courber l’échine pour espérer voir le coucher du soleil, alors c’est la porte ouverte à la dépravation et à l’anarchie.
Enfin, dans un pays, quand les voix autorisées, parce que servies à satiété, détournent le regard de la vérité, refusent d’assumer leur rôle prétendu face aux tourments du Peuple, ce n’est pas demain la fin de notre calvaire. Au Sénégal, le Peuple miséreux est livré à son propre sort. Au-delà des calamités d’ordre socio-économique, les populations confrontent les problématiques de sécurité avec à côté un Etat qui démissionne. Si l’Etat ne démissionne pas, alors il a d’autres priorités politiciennes. Toujours avec des solutions ponctuelles et conjoncturelles, nos politiques publiques ne vont jamais à l’essentiel.
Ce qu’il faut savoir dans ces cas précis, c’est que l’indiscipline, l’impolitesse, l’animalité et bien d’autres tares gangrènent et caractérisent bien des foyers au Sénégal. Et que là, il ne s’agit guère d’un contingent de policiers, de la réfection d’un stade, de Macky Sall, de Manko taxawu senegaal ou de l’équipe de Ouakam. Mais il s’agit plutôt de modèles et paradigmes éducatifs bien pensés. Il s’agit de l’homo senegalensis dans toute sa dimension. Il s’agit d’une élite et de gouvernants responsables, à la hauteur de la dimension sacrée de leur mission d’éducateurs. Il s’agit d’acteurs sociaux politiques et religieux réellement soucieux des vertus de la vie en société. De Sénégalais sachant appréhender la valeur sacrée de la vie humaine et des vertus de la chose publique. De dirigeants et élites capables de se transcender pour mettre en avant la norme, l’intérêt général, le Peuple, qui sachent se départir de vices et contre-valeurs comme la corruption, l’injustice, l’impunité et la complaisance. Des contre modèles qui, à coup sûr, mènent au chaos.
Mais surtout de Sénégalais rompus aux valeurs du civisme et de la citoyenneté. Qui concourent au bien-être du prochain, qui rivalisent dans le service public, en patriotisme, à l’amour de la Nation. De Sénégalais conséquents en prétentions. C’est-à-dire qui sachent se comporter en bon chrétien, en vrai musulman, en bon tidiane, mouride, layène, baye-fall, niassène khadre, ou autre. Un Sénégalais bien éduqué, poli et discipliné, respectueux des règles de vie en société. Dans ce cas, nous aurons espoir en un Sénégal aux lendemains radieux et prometteurs. Un Sénégal humain.
L’essentiel, le Sénégal !
Par souci et par conviction, vive le Sénégal, vive la Nation !
Abdourahmane SOW
Citoyen sénégalais
Président de la Commission orientations et stratégies Cos/M23

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