Lutte contre le tabagisme : Pourquoi la MTOA se permet-elle de violer la loi ?


En effet, le paquet de cigarettes n’est pas un simple contenant pour l’industrie du tabac mais un élément de marketing et un support de communication concourant à mettre en exergue l’attractivité de celui-ci.

Depuis plusieurs décennies, l’industrie du tabac, d’ici et d’ailleurs, du fait d’une législation faible au Sénégal ou inexistante ailleurs a fatalement apposé sur ses paquets de cigarettes en vente sur le marché des messages fallacieux et des chiffres tendancieux qui portent à faire croire à l’opinion et aux consommateurs que certaines marques de cigarettes seraient moins nocives que d’autres.

L’adoption de la loi 2014-14 du 28 Mars 2014 inspirée des mesures essentielles de la Convention Cadre de l’OMS pour la Lutte Antitabac ratifiée par le Sénégal en 2005 a permis de changer totalement les anciens emballages des paquets de cigarettes. Aujour d’hui, 70% des principales faces recto verso des nouveaux paquets de cigarettes ainsi que les parties latérales sont utilisées pour sensibiliser les fumeurs dans la vérité sur les risques et dangers liés au tabagisme à travers une association de message iconographique et de messages écrits pertinents.

Le Ministre de la Santé et de l’Action sociale, le Professeur Awa Marie Coll SECK en présentant les mises en gardes sanitaires apposées sur les nouveaux paquets de cigarettes en vente au Sénégal lors d’une conférence de presse tenue au siège du Ministère le 22 Aout 2017, témoigne de l’engagement du gouvernement au plus haut niveau dans la lutte contre le tabagisme mais aussi marque indubitablement le début d’une ère nouvelle de communication à travers le support de paquet de cigarettes.

Le processus fut long et parsemé d’embuches mais à l’arrivée, le résultat obtenu aujour d’hui, nous permet d’espérer une baisse du taux de prévalence du tabagisme chez les jeunes et les adultes dans les prochaines années. Avec les nouveaux emballages des paquets de cigarettes et des produits du tabac, la vérité sur les conséquences sanitaires du tabagisme sur la santé est désormais définitivement rétablie.

Le tabac rend malade. Le tabac rend impuissant et stérile. Le tabac donne le cancer. Le tabac cause des maladies cardiovasculaires. Le tabac tue. C’est connu ! C’est une vérité vraie ! Scientifique ! Les consommateurs doivent en être informés. Et qui doit le faire ? C’est le Ministère de la Santé et de l’Action sociale. Il l’a fait. Devoir accompli.

Curieusement, au moment où, le Ministère de la Santé et de l’Action sociale à travers le Programme national de Lutte contre le Tabac sensibilise par le biais d’un spot diffusé sur les ondes de SUD FM (revue de presse mois Aout 2017) l’opinion sur les lieux publics où il est interdit de fumer et les risques encourus et présente les mises en garde sanitaires apposées sur les nouveaux paquets de cigarettes, on a noté concomitamment, la survenue incongrue de deux faits troublants sur la scène médiatique.

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1. le premier fait troublant
Pendant que le spot de sensibilisation sur l’interdiction de fumer dans les lieux publics est diffusé sur les ondes de Sud FM et au moment où les nouveaux paquets sont mis sur le marché avec des avertissements sanitaires pertinents , la MTOA choisit sans état d’âme ce moment-là précis pour contrecarrer les effets escomptés en diffusant un spot contre publicitaire sur les ondes de la RFM (entendu les 23 ,24, 25 etc. ) avant le journal parlé en français et après celui-ci Edition de midi ) où elle parle du changement d’emballage et l’interdiction des aromes conformément à la loi dans lequel elle a inséré insidieusement et cyniquement des paroles de publicité en faveur du tabac exprimées ainsi qui suit : « le goût et le prix ne changent pas. »

A partir de ce moment précis ,on est dans une situation de violation flagrante par la MTOA et la RFM des articles 9 et 10 de la loi 2014-14 du 28 Mars 2014 interdisant la publicité directe et indirecte en faveur du tabac à travers tous les supports de communication notamment la radio et la télévision

Et pourtant les responsables de la MTOA qui ont fait fabriquer et diffuser ce spot sur la RFM connaissent bien les dispositions de la loi 2014-14 du 28 Mars 2014 particulièrement celles en rapport avec l’interdiction totale de la publicité mais qu’ils ont volontairement foulé aux pieds contrairement à Philip Morris Manufacturing Sénégal.

Pourquoi la MTOA est la seule entreprise de tabac à s’agiter et à violer les dispositions de la loi ?
Est-elle au-dessus de la loi ? Ne se dit-elle pas que « la loi, c’est pour Philip Morris Manufacturing Sénégal, pas pour moi ». Ou « la loi, c’est moi, la MTOA »

Apres coup, la question qui se dégage est : est ce que les responsables de la RFM notamment du service commercial engagé dans la transaction connaissent les dispositions des articles 9 et 10 de la loi citée en référence ci-dessus ?

Supposément qu’ils les ’ignorent, mais, cela ne les disculpe pas de la violation des dispositions des articles 9 et 10 de la loi 2014-14 du 28 Mars 2014 constatée. On peut penser ou croire naturellement que non jusqu’à preuve du contraire. Toutefois, en toutes circonstances, la logique commerciale ne doit pas l’emporter sur le respect des dispositions de la loi 2014-14 du 28 Mars 2014 interdisant la diffusion de la publicité directe ou indirecte en faveur du tabac. Les responsables des services commerciaux des groupes de presse doivent faire l’effort nécessaire pour connaitre les textes de loi sectorielle relative au secteur de la publicité pour éviter de tomber sous le coup de la loi.

Sur la question spécifique de la loi 2014-14 du 28 Mars 2014, le Ministère de la Santé et de l’Action sociale, à travers le Programme national de Lutte contre le Tabac, est ouvert et disposé à accompagner tous les acteurs qui en exprimeront le besoin, chacun, en ce qui le concerne en vue d’obtenir un degré d’application élevé de la loi.

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2. le second fait troublant sur la scène médiatique
Par le truchement des comptes rendus de la presse, on a appris non sans étonnement que des concitoyens ont mis sur pieds une association dénommée « association des consommateurs de tabac du Sénégal » lors d’une Assemblée générale constitutive qui a enregistré la présence de plus d’une centaine de personnes. Ce qui est le plus frappant d’après le compte rendu publié, lu et analysé, c’est le fait que l’on n’a nullement cité nominativement les membres fondateurs de l’association qui venait d’être créée. Décidément, le ridicule ne tue pas au Sénégal.

Qui ont créé cette association ?
Qui en sont les membres fondateurs ?
Qui est son Président ?

Le compte rendu du communiqué presse ne le dit pas. Bizarrement, l’objectif poursuivi par l’association est mentionné. Selon ceux et celles qui se cachent derrière cette association, le Ministère de la Santé et de l’Action sociale est en train de « diaboliser » les fumeurs. Leur principal objectif serait que l’on ne diabolise pas les fumeurs. Entendu, très loin de leurs denier leur droit de se constituer en association qui est un droit consacré par la constitution, cependant ,la mise sur pieds de cette association des fumeurs cache bien des intentions inavouées qui visent à saboter les efforts déployés par le Ministère de la Santé et de l’Action sociale pour protéger la santé des populations.

Pour ceux et celles qui ne le savent pas, la loi 2014-14 du 28 Mars 2014 ne cite pas nommément les fumeurs. Que soit compris pour ceux et celles qui ne le comprennent pas encore, l’Etat du Sénégal, à travers le Ministère de la Santé et de l’Action sociale n’a pas légiféré contre les fumeurs. Il a légiféré pour protéger la santé des populations conformément à son devoir régalien et en adéquation avec l’axe 2 du Plan Sénégal Émergent.

Interdire l’usage du tabac dans les lieux publics pour protéger la santé des non-fumeurs et informer les consommateurs sur les risques et dangers réels du tabagisme sur la santé, est ce que c’est cela la « diabolisation » des fumeurs ?
Succinctement, le tabac est le seul produit au monde autorisé à la vente qui rend malade et qui tue. Ce n’est pas un produit ordinaire et banal de consommation. Ce n’est pas non plus un produit alimentaire.

Le Ministère de la Santé et de l’Action sociale a porté l’élaboration de loi antitabac votée par l’Assemblée nationale sous la dénomination de loi 2014-14 du 28 Mars 2014 relative à la fabrication, au conditionnement, à l’étiquetage, à la vente et à l’usage du tabac. Et pour rappel, dès qu’une loi est adoptée, elle devient une loi de la république. Sur ce chapitre, le décret d’application 2016-1008 définit clairement les conditions de son application et le rôle et la responsabilité de chacune des parties prenantes pour son application.

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En outre, ce qu’il faut aussi savoir, l’Etat du Sénégal, tout en veillant à l’exercice de la liberté de fumer des citoyennes et citoyens garantit en même temps l’exercice du droit des non-fumeurs à un environnement sain. Ainsi, les fumeurs dans l’exercice de leur liberté de fumer, (un droit lié au fait que le tabac est un produit licite) doivent respecter le droit des non-fumeurs. Car leur droit de fumer est opposable au droit des non-fumeurs à un environnement sain.

Sur le plan des conséquences sanitaires du tabagisme sur la santé, il est scientifiquement établi et reconnu dans le monde, sans l’ombre d’un doute par les pays parties membres à l’Organisation mondiale de la Santé que l’exposition à la fumée de tabac est aussi nocive pour la santé que la consommation directe du tabac.

L’exposition à la fumée de tabac rend malade, donne le cancer et provoque des maladies cardiovasculaires au même titre que la consommation du tabac. Au total, ce n’est pas seulement de la prévention légale le fait d’interdire l’usage du tabac dans les lieux publics visés aux articles 18 et 19 de la loi 2014 -14 du 28 Mars 2914, c’est aussi une question hautement morale et religieuse. En tant qu’individu, pour peu que l’on ait une notion du péché que l’on peut être amené à exercer contre autrui volontairement ou involontairement, justement, exposer son entourage ou sa famille à la fumée de tabac n’est ni moralement acceptable ni religieusement recommandé.

Aujour d’hui, la question qui se dégage à la lumière des agissements de la MTOA est la suivante : Pourquoi la MTOA se permet-elle de violer la loi que Philip Morris Manufacturing Sénégal respecte ?

La MTOA est une industrie de tabac comme Philip Morris Manufacturing Sénégal. Ceci étant, ne sommes-nous pas dans une situation d’une famille avec deux frères aux caractères diamétralement opposés. L’un est bon et respectueux de la loi et l’autre mauvais, hors la loi et provocateur. C’est regrettable ! Mais à vous de juger. Cependant, une chose est certaine, la bataille de l’opinion est perdue d’avance pour la MTOA et force restera à la loi, dans la paix ou dans la confrontation.

Vive le Sénégal !
Vive la république !

 

Baba Gallé DIALLO
Email : babadediana@gmail.com

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