Troisième mandat de Macky Sall: De l’intox pure et simple


Karl Marx affirmait que les petits bourgeois, dont les intellectuels sont une catégorie éminente, peuvent être les meilleurs alliés des masses laborieuses, des opprimés ou des marginalisés, comme ils peuvent être les théoriciens de la réaction et de la contre-révolution au service des fascistes les plus patentés. Tantôt, les intellectuels savent être des aiguilleurs de conscience pour une cause juste, tantôt ils peuvent ramer à contre-courant pour retarder le progrès pour des intérêts particuliers. Leur grande faculté de rhétoriciens ou de mystification leur confère une grande capacité d’influencer l’opinion vers l’obscurantisme.

Cette affirmation de Karl Marx à l’endroit des intellectuels petits-bourgeois s’est vérifiée dans la praxis, lors de la construction de l’Etat soviétique après la révolution d’octobre 1917 (aujourd’hui centenaire), lorsque notamment Lénine mettait en garde les camarades contre les rhétoriques réactionnaires de Trotski, en ces termes : «Méfiez-vous des tribuns ou des intellectuels harangueurs de foule» ;

C’est dire que les intellectuels n’ont pas de position de classe ou d’appartenance réelle à des forces antagoniques entre oppresseurs et opprimés, entre patrons et travailleurs, entre un tyran et son Peuple ou entre une minorité de privilégiés contre une majorité de pauvres et de misérables. Cette absence de position de classe leur confère une instabilité ou erratisme pouvant expliquer parfois leur position opportuniste d’éloignement de la vérité. Ils deviennent alors des sophistes à la remorque de commanditaires pouvant servir leurs intérêts du moment. En effet, ces intellectuels malhonnêtes excellent dans l’art de vouloir transformer un désir imaginaire en réalité par un raisonnement ayant l’apparence de la validité au moyen de règles de la logique, mais qui aboutit à une conclusion inadmissible pour tromper ou faire illusion.

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La convocation d’un troisième mandat impossible du Président Macky Sall en 2024 dans le débat actuel au Sénégal, à l’orée de la Présidentielle de 2019, peut paraître anachronique ou anodin a priori, mais il comporte un objectif politique caché et pernicieux à travers l’instrumentalisation d’arguties juridiques. Bien entendu, cette volonté machiavélique de provoquer un débat prématuré en ce moment précis en 2017 a pour but de barrer la route au Président Macky Sall à la Présidentielle de 2019, avant qu’il ne soit trop tard après 2019, comme du reste l’avait fait le Président Abdoulaye Wade au cours de son second mandat, en supposant que l’histoire devrait se répéter.

L’interprétation des textes est toujours possible, même les textes sacrés sont susceptibles d’interprétation, a fortiori les œuvres humaines. Le plus important est d’en saisir l’esprit. Or de ce point de vue, ce que le Professeur Babacar Guèye a volontairement éludé, justifiant une posture politique partisane, c’est que la disposition relative au nombre des mandats, limité à deux depuis la nouvelle Constitution de 2001, n’a jamais été touchée lors des révisions constitutionnelles suivantes, ni en 2010 ni en 2016. C’est dire que la question du nombre des mandats a été réglée depuis 2001. Pourquoi alors ici et maintenant, soit seize années après 2001, convoquer la question du nombre des mandats, si l’on sait que la majeure partie de juristes éminents avaient constaté l’inconstitutionnalité de la troisième candidature de Me Wade en 2012 ?

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Il est manifeste qu’on voudrait faire revenir au Sénégal un débat politicien pernicieux qui avait emporté Me Wade avec le syndrome d’un troisième mandat inconstitutionnel dans l’objectif de prévenir qui vaut mieux que guérir et ainsi amener les Sénégalais dans leur majorité à voter contre la réélection du Président Macky Sall en 2019 sur des bases imaginaires. Nous nous souvenons des mêmes débats pernicieux instaurés à la veille du référendum du 20 mars 2016 sur l’homosexualité, avec les nouveaux droits, et de la tentative d’instaurer un 23 juin bis à la veille des Législatives du 30 juillet 2017. Chassez le naturel, les marchands d’illusions reviennent toujours au galop dans l’art de tromper les consciences populaires !

 

Kadialy GASSAMA
Economiste
Rue Faidherbe X Pierre Verger
Rufisque

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