Auteur Pape SAMB











Le 31 octobre 2016, le président Macky Sall a installé officiellement, et en grande pompe, Ousmane Tanor Dieng dans ses nouvelles fonctions de président du Haut-Conseil des Collectivités Territoriales (HCCT). […]

Alternances politiques dévoyées


Alea jacta est ! Le sort en est je­té ! Ce que d’aucuns considéraient comme un secret de Polichinelle vient d’être éventé. Par décret n° 2016-1641 portant nomination du président du Haut Conseil des collectivités territoriales (Hcct), le Président Macky Sall a mis sur orbite Monsieur Ousmane Tanor Dieng à la tête de la dernière-née des institutions de la République. Dans la foulée, le chef de l’Etat a dressé la liste des 70 haut-con­seil­lers «désignés pour leur compétence» et qui devraient compléter les 80 autres élus au suffrage universel indirect le 4 septembre dernier. Voilà donc le strapontin qui a valu au Premier secrétaire du Parti Socialiste de mettre en gage le parti plus que cinquantenaire que les Léopold Sedar Senghor, Lamine Guèye, Mamadou Dia ou Valdiodio Ndiaye ont porté sur les fonts baptismaux et qui a conduit le Sénégal à l’indépendance.

C’est ce parti qui, par la suite, a gouverné le Sénégal pendant quarante (40) ans, de 1960 à 2000, qui en est réduit aujourd’hui à être remorqué par l’Apr, née seulement en 2008, et à se transformer en mouvement de soutien à la réélection du Président Macky Sall à l’élection présidentielle de 2019. Quitte à ostraciser et à sacrifier l’avenir de ce parti incarné par des jeunes loups aux dents longues comme Barthélemy Dias, Malick Noël Seck, Bamba Fall ou Babacar Diop dont le seul «tort» est d’avoir une confiance inébranlable dans la capacité du Parti so­cialiste à reconquérir le pouvoir et non à s’arrimer à un autre parti politique. Les pères fondateurs du Parti socialiste doivent aujourd’hui se retourner péniblement dans leurs tombes.
Le compagnonnage entre l’Al­liance pour la République (Apr) de Macky Sall et le Parti socialiste (Ps) de Ousmane Tanor Dieng au sein de la coalition au pouvoir n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. Des coups, souvent au-dessous de la ceinture, ont été souventes fois échangés entre Socialistes du Ps et Libéraux de l’Apr dans cette alliance contre-nature de Benno bokk yaakaar.
Avant la Présidentielle de 2012, Ousmane Tanor Dieng du Ps était déjà de «ceux qui faisaient leur ci­néma à Dakar» (Macky Sall dixit), en se réunissant tous les jours à la place de l’Obélisque pour contester la «candidature anticonstitutionnelle» de Abdoulaye Wade et traiter Macky Sall de «traitre du M23» ou de «Plan B de Wade».
Ousmane Tanor Dieng, candidat de la coalition Bennoo ak Tanor, mécontent du cavalier seul du candidat Macky Sall qui les avait plantés à la place de l’Obélisque pour aller battre campagne à l’intérieur du pays, s’en était pris avec une rare virulence au chef de file et candidat de la coalition «Macky 2012» : «L’unité ne se proclame pas, elle ne se clame pas, elle ne se déclame pas. Elle se pratique, et il faut être là où ça se vit.»
Tout au long de leur flirt au sein du pouvoir, les vieux démons de la méfiance et de l’adversité ont resurgi entre alliés de circonstance. Les responsables de la coalition «Macky 2012» ont, les premiers, tiré les salves meurtrières en direction de la Maison du Parti Socialiste, en leur demandant d’ «assumer leur incohérence et leur ingratitude vis-à-vis du Président Macky Sall qui leur a tout donné, d’en tirer les conséquences et de quitter immédiatement le gouvernement». Tout en rappelant que «de tous les alliés du président de la République, seul le président Moustapha Niasse a eu le courage et l’honnêteté politique de clarifier sa position».
Le Comité des intellectuels républicains pour le suivi des engagements du président et la massification (Cirsem) pense que «le Ps doit assumer ses responsabilités le plus rapidement possible en quittant Benno bokk yaakaar mettant ainsi à l’aise tout le monde».
Génération sentinelle pour la République (Gspr) invite de son côté, les Socialistes à «assumer ensemble» après avoir fait dans le «gagner ensemble, gouverner ensemble».
Jeunes Boucliers de la République (Jbr) n’est pas en reste : «Le Ps est un faux allié dont il faut se départir absolument et tout de suite parce que c’est un parti qui ne joue pas franc jeu. Il n’est pas question de nourrir nos futurs ennemis.»
Moustapha Cissé Lô, qui fait partie des tout premiers à ne pas bien sentir les Socialistes dans la mouvance présidentielle, a toujours averti le président de la République avec qui il est à tu et à toi : «Celui qui ne rate jamais l’occasion de te dénigrer et d’annoncer qu’il sera candidat contre toi en 2017, celui-là n’est pas un allié sûr ; le Ps n’est pas un allié sûr.» Aussi, n’a-t-il eu de cesse de rabâcher que «le Président Macky Sall gagnerait très tôt à libérer les Socialistes».
Me Djibril War, pour sa part, a fait des révélations de taille : «Ousmane Tanor Dieng a négocié les postes de Directeur de campagne de Macky Sall pour lui-même, et celui de Premier ministre pour Khalifa Sall.» Des allégations aussitôt démenties par les Socialistes. Les échanges ont été vifs et ça a volé très bas.  Alors que Mame Bounama Sall, secrétaire général des Jeunesses Socialistes, parle d’une «entreprise mensongère», en faisant comprendre que «Ousmane Tanor Dieng n’est pas un homme de deal», Abdoulaye Wilane, porte-parole du Ps, pète un câble : «Djibril War est connu pour ses sinistres sorties (…) ces propos sont choquants et dégoûtants, c’est du mensonge, une construction grotesque sous forme d’affabulations scandaleuses.»
Amadou Mbéry Sylla, président du Conseil départemental de Louga, de faire remarquer que «les Socialistes doivent se taire et savoir que c’est Macky Sall qui les a ressuscités».
Mimi Touré y est allée de ses dé­clarations à l’emporte-piè­ce : «Le­ Ps veut, dans 24 mois, fai­re tomber le Président Macky Sall.» La réponse ne s’est pas fait attendre, du côté des Socialistes. L’ancien Premier ministre est comparé à Marine Le Pen, grande égérie du Front National en France, un parti d’extrême droite, de triste réputation.
Pour en revenir aux 70 haut-conseillers veinards choisis par le Président Macky Sall, il y en a des têtes très connues du microcosme politique sénégalais, et sur lesquelles on peut avancer des commentaires permettant aux Sénégalais de se faire une idée plus exacte de ces personnalités afin de (sa)voir si ces dernières ont le profil de l’emploi ou si il y a erreur de casting.
Certes, dans la désignation des 70 haut-conseillers, le Président Macky Sall a essayé de respecter un certain nombre d’équilibres liés à la représentation régionale, à l’appartenance confessionnelle, à l’approche genre, à la diversité des catégories socio-professionnelles et à la présence des couches vulnérables comme les handicapés représentés par Yatma Fall. Qu’à cela ne tienne, le déterminant politique voire politicien, est prépondérant. Le Hcct est truffé de politiciens pur jus en lieu et place de techniciens et spécialistes de la décentralisation et de la gouvernance locale, comme l’a fait remarquer Moundiaye Cissé de l’Ong 3D. Les mauvaises langues parlent aussi, par doux euphémisme, de communautarisme pour ne pas dire d’ethnicisme dans la nomination des 70 haut-conseillers.
Cela dit, Souty Touré et Aliou Sow, anciens ministres en charge des collectivités territoriales, ont véritablement leur place au Hcct. Le seul bémol est à relever dans les réactions du leader du Parti Mpd/Ligeey recueillies par la presse. Refusant une quelconque corrélation entre sa nomination au Hcct et son désistement au poste de député qui devait lui échoir suite à la démission de Me Ousmane Ngom et au geste de grand seigneur de Mamour Cissé, Aliou Sow s’est engagé dans des développements alambiqués, oiseux et inutiles. Toujours vindicatif, Aliou Sow s’est employé à marteler que pour ce fameux poste de député snobé par les uns et convoité par les autres, il n’en avait rien à cirer mais avait à cœur d’en découdre et de ferrailler avec les gens du Pds pour leur montrer qu’il est un dur à cuir et que ses ex-ses frères libéraux ne l’impressionnent pas. Il a poursuivi, en disant que ce n’est qu’une fois qu’il a constaté que ses vis-à-vis se sont calmés et se sont tus, qu’il a décidé d’arrêter le combat. Brrr ! On en tremble de peur à l’idée que les jeunes responsables politiques qui constituent l’avenir du pays et qui pourraient avoir les destinées du Sénégal entre leurs mains raisonnent de la sorte et en arrivent à avoir des réactions épidermiques, à privilégier les problèmes de personnes et à utiliser leurs postes ou prérogatives publics pour solder des comptes crypto-personnels. Surtout que Monsieur Aliou Sow se prend très au sérieux quant à son ambition d’occuper un jour les plus hautes fonctions de l’Etat. En effet, Aliou Sow annonce déjà la couleur en prévenant que le jour où il sera élu président de la République, il abrogera l’article 80 du Code pénal.
Outre ces deux ex-ministres et spécialistes des questions de décentralisation, Souty Touré et Aliou Sow, qui de par leur expertise en la matière, devraient apporter une plus-value au travail du Hcct, la nomination de beaucoup d’autres haut-conseillers par le Président Macky Sall obéit à des impératifs purement politiciens et confirme encore une fois que cette institution inutile et budgétivore a été créée pour caser une clientèle politique non-encore servie avec le gâteau du pouvoir, et récompenser en particulier un Ousmane Tanor Dieng qui a vendu le Parti socialiste pour un maroquin qui le rend moins ridicule dans l’architecture institutionnelle face à son ennemi de toujours : Moustapha Niasse.
La nomination de Ousmane Badiane, de la Ligue Démocratique (Ld) semble être une réponse aux récents mouvements d’humeur des Jallarbistes qui se plaignaient ouvertement de la boulimie et de la volonté d’accaparement de l’Apr, qui ne laisse même pas des miettes à ses alliés dans Benno bokk yaakaar, en cas de partage ou de distribution de prébendes.
Le poste d’administrateur de l’Apr étant de loin très insuffisant pour rassasier Maël Thiam et lui octroyer un poste plus revalorisant, le Président Macky Sall lui a refilé ce fromage plus onctueux et plus consistant, ne serait-ce que pour le récompenser pour sa loyauté et son statut d’inconditionnel.
Eu égard à la place qu’occupe l’Education dans l’ordre des priorités du Gouvernement, le Président Macky Sall devrait être très gêné d’apprendre que Aliou Dia, maire de Mbeuleukhé, est présentement éclaboussé par un scandale dans sa localité car pris en grippe par ses administrateurs qui l’accusent de vouloir transformer des salles de classe de l’école de sa commune en cantines commerciales.
Madame Lala Aïcha Fall, présidente de la Coalition des Femmes Mackystes pour l’Emergence (Co­fem) est enfin récompensée pour son engagement constant à défendre Macky Sall, ce qui met fin à sa grande frustration, à l’instar de tant d’autres comme elle, de voir jusque-là adoubés des imposteurs qui n’ont pas mouillé le maillot dans la lutte pour la conquête du pouvoir. Qui plus est, ces opportunistes sont souvent des transhumants qui, avant le 25 mars 2012, ont combattu férocement Macky Sall qui n’aurait jamais dû être le quatrième président de la République s’il ne tenait qu’à eux.
Cela commençait à faire désordre que, quatre années après l’élection du Président Macky Sall, son ancien patron à And Jëf Pads, Landing Savané, ne fut pas appelé à table et servi à la soupe du pouvoir. Un autre apparatchik de Benno bokk yaakaar, Massène Niang du Msu, voit enfin le bout du tunnel là où un Moustapha Fall «Che», nommé depuis belle lurette Pca de la Sn Hlm ou un El Hadji Momar Samb nommé au Conseil économique, social et environnemental (Cese) ont déjà reçu leurs sucettes.
Baïdy Sèye, maire de Ndiarème Limamoulaye, transfuge du Pds puis de Ldr/Yeessal de Modou Diagne Fada, un parti né il y a seulement cinq mois, et qui n’a même pas encore obtenu son récépissé, a bien rentabilisé sa transhumance vers les prairies marron-beige. Une belle prime à la traitrise.
Me Ousmane Sèye, avocat de l’Etat du Sénégal dans l’affaire dite des chantiers de Thiès, et qui en connaît un rayon sur le fameux «Protocole de Rebeuss», amasse aujourd’hui les gains de son rapprochement avec le Président Macky Sall.
L’ex-coco Maguette Thiam, vient d’être recyclé après qu’il a quitté le poste de Secrétaire général du Parti de l’Indépendance et du Travail (Pit) et qu’il ne faisait plus rien car ayant déjà pris sa retraite comme professeur à l’Ucad.
Mais, la nomination la plus curieuse est celle du maire de Ouakam, Samba Bathily Diallo, qui a marqué son grand étonnement pour l’avoir apprise par la presse, en même temps que tous les Sénégalais. Le pauvre édile du village Lebou qui, jusqu’à vendredi dernier, n’avait pas encore confirmé son acceptation de cette nomination, n’a pas bénéficié du même privilège qu’un autre haut-conseiller comme lui, le docteur Aliou Sow, qui a eu l’honneur d’être appelé au téléphone par le Président Macky Sall himself. Vous avez dit deux poids, deux mesures ? Ça commence à bien faire.
Maintenant que la liste des 70 haut-conseillers nommés par le Président Macky Sall vient d’être rendue publique, il apparaît clairement que l’info faisant état de la désignation par le Président Abdoulaye Wade de quelques responsables du Pds pour siéger au Hcct n’était que pure intox.
En tout état de cause, pas mal de haut-conseillers nommés par le Président Macky Sall, prêtent le flanc en ce qu’ils trainent beaucoup de casseroles et n’ont pas le profil de l’emploi. En plus, leur expertise dans les questions liées à la gouvernance locale et au processus de décentralisation laisse beaucoup à désirer, faisant qu’ils occupent donc des sinécures car grassement payés aux frais de la princesse pour un travail qu’ils ne maîtrisent pas et pour lequel les résultats attendus sont improbables.
En attendant maintenant que cette nouvelle institution -une de plus, devrait-on dire- trouve un pied-à-terre qui va lui servir de siège permanent, le Hcct va, pour son installation officielle en session inaugurale, le 31 octobre 2016 à 10 heures, squatter le Centre international de conférence Abdou Diouf de Diamniadio. Histoire de dépoussiérer un peu et de donner vie à un écrin bâti à coups de plusieurs dizaines de milliards de nos pauvres francs, pour n’abriter que 2 à 3 évènements au maximum par an, sans compter les frais d’entretien qui coûtent les yeux de la tête. C’est ça aussi le Sénégal émergent.
Pape SAMB - papeaasamb@gmail.com

Hcct : du profil des haut-conseillers nommés par le Président Macky Sall












Au lendemain de la défaite du président Abdou Diouf, le 19 mars 2000, l’on a pu entendre dire que le candidat du Parti Socialiste (Ps) qui a gouverné le Sénégal […]

De la demande sociale


D’après Fadel Barro, coordonnateur du groupe Y’en a marre, là où le Président Abdoulaye Wade nous a servi du wax waxeet, le Président Macky Sall s’est fendu, pour sa part, d’un wax waxaat waxati waxeet. Les deux derniers chefs de l’Etat du Sénégal, voudraient-ils se payer la tête des Sénégalais qu’ils ne s’y prendraient pas autrement ? Mais, à leur décharge, «le maître» et «l’élève» ne sont pas les seuls politiciens à faire dans le reniement. Il y a comme une généralisation de ce phénomène dans la quasi-totalité de la classe politique sénégalaise. C’est d’abord le régime dit de la deuxième alternance qui se joue des Sénégalais en troquant le Yoonu Yokkuté, qu’il leur avait vendu au prix fort, en échange d’un Plan Sénégal émergent (Pse) commandité auprès du cabinet étranger McKinsey. Après avoir largement contribué à la chute du régime du Président Abdou­laye Wade, à qui ils ont mené la vie dure, les activistes du M23, de Y’en a marre, Mame Adama Guèye et Cheikh Tidiane Dièye (aujourd’hui Avenir Sénégal biñu bëgg), ou la Raddho, sont aujourd’hui à «je t’aime, moi non plus» avec le Parti démocratique sénégalais (Pds) dans le cadre de la coalition du «Non».

Tenez, Me El Hadji Diouf, un des avocats de l’Etat du Sénégal durant le procès de Karim Wade, et qui a eu à faire un sévère…réquisitoire pour faire condamner l’ancien «ministre du ciel et de la terre» à une lourde peine (6 ans d’emprisonnement), a été vu tout dernièrement à la Perma­nence Oumar Lamine Badji, quartier général du Pds, où il faisait cause commune avec les Libéraux et, tenez-vous bien, faire une…plaidoirie pour la libération de Karim Wade. Ils vont finir par nous tourner en bourrique, ces gens-là. Le désormais ex-secrétaire national chargé du sport au Pds, Abdoulaye Sow de Kaffrine, est le dernier cas de transhumance politique en date, en ralliant l’Apr de Macky Sall qu’il vouait aux gémonies il n’y a pas longtemps à la face du Sénégal et du monde entier, mais chez qui il trouve aujourd’hui toutes les vertus possibles. Le marabout-politicien, Serigne Modou Bou­sso Dieng, passe tout son temps à souffler le chaud et le froid entre le pouvoir et l’opposition. Il l’a fait du temps du régime du Président Abdoulaye Wade. Il a remis ça avec le régime de Macky Sall. Ousmane Tanor Dieng, Moustapha Niasse et Djibo Kâ, qui ont été les trois principaux acteurs de la déchirure profonde du Parti socialiste lors du fameux congrès sans débats de 1996, se retrouvent aujourd’hui autour du même plat bien garni du pouvoir de Macky Sall. Ces politiciens nous prennent pour des demeurés.
Après avoir amusé la galerie et menacé de leurs foudres le Président Macky Sall, en le mettant en garde contre toute idée ou tentation de réduire son mandat de 7 à 5 ans, le ministre d’Etat Mbaye Ndiaye et le député Moustapha Cissé Lô se sont dégonflés par la suite pour rentrer leurs serres. Moustapha Cissé Lô s’est même déculotté en disant : «A compter d’aujourd’hui, si Macky Sall dit oui, ce sera oui, s’il dit non, ce sera non.» Le ministre Mame Mbaye Niang, pour sa part, s’est défilé lui-aussi, après avoir, dans un premier temps, appelé à voter contre le référendum (Cf. L’Obser­vateur n° 3278 du mardi 26 août 2014, pp.6-7). De son côté, le Pds, par la voix de son porte-parole, Babacar Gaye, et le Pr Amsatou Sow Sidibé, sous le coup de l’émotion, ont d’abord appelé au boycott du référendum, avant de rétropédaler pour rejoindre le camp du «Non». Après avoir dit tout le mal qu’ils pensent du reniement du Président Macky Sall, le Parti de l’Indépendance et du Travail (Pit) et la Ligue Démocratique (Ld) ont trouvé des circonstances atténuantes au chef de l’Etat, et ont décidé de voter «Oui». Ils vont nous rendre fous, ces politiciens. Youssou Touré, secrétaire d’Etat à l’Alpha­bétisa­tion et aux langues nationales, a pris tous les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages (pour parler comme Fabrice Nguéma) en ameutant toute la presse nationale pour annoncer sa démission du Gouvernement ainsi que de l’Apr, avant de ravaler son amertume et sa décision en un quart de tour, dans un numéro de clown qui frise le «retenez-moi ou je m’en vais !». Serigne Mbacké Ndiaye continue à jurer fidélité à Me Abdoulaye Wade, et ne met pas de gants pour claquer la porte de la formation politique du prédécesseur du Président Macky Sall, pour créer ensuite la Convergence libérale et patriotique (Clp), plus proche de l’Apr que du Pds, et demande au geôlier de Karim Wade de libérer ce dernier. Est-ce qu’ils se prennent vraiment au sérieux, ces politiciens ? L’ex-promoteur de lutte, politicien à ses heures perdues, et non moins transfuge du Parti socialiste, mais aussi ex-président de l’Asac Ndiambour de Louga (ouf !!!), Gaston Mben­gue, après avoir laissé sur le carreau «son ami» Malick Gackou, a renoncé au «Non» pour le «Oui», tout en jurant la main sur le cœur, soutenir le leader du Grand Parti pour l’élection présidentielle de 2019, contre… Macky Sall. Aidez-moi à comprendre. Même le lutteur Balla Gaye II a été contaminé par le virus politique du revirement. Après avoir paradé dans la banlieue en compagnie de Malick Gackou, il est entré dans le bureau du Premier ministre, Momo Dionne, le «Oui» en bandoulière, mais en est ressorti converti au «Non». Mais le meilleur est à venir. Après avoir mis au défi les journalistes de le prendre à défaut d’un reniement (déjà ?) en leur suggérant de conserver bien au frais l’enregistrement sonore de ses propos de ne jamais se retrouver un jour à travailler avec Macky Sall, Sitor Ndour a eu tort d’insulter l’avenir, car il a été par la suite confondu par sa langue pendue, après qu’il a eu à se rabibocher avec le chef de l’Etat. Comble de ridicule, il nous sert le pauvre argument d’un contexte politique qui aurait changé. Le mi­nistre, Mame Mbaye Niang, vante aujourd’hui les mérites de Mimi Touré et veut nous forcer à le croire de bonne foi, alors qu’il n y a guère longtemps, il la tailladait en mille morceaux du temps où l’actuelle Envoyée spéciale du chef de l’Etat était en disgrâce. A vrai dire, ces politiciens se jouent de nous. On n’oublie pas également Modou Diagne Fada, qui crée une crise interne au Pds, avec sa clique de réformateurs, qui est soutenu et secouru dans sa fronde par la mouvance présidentielle, dont les artificiers se muent en avocats du président du groupe parlementaire des Libéraux et des démocrates contre son propre parti et contre ses propres frères libéraux, au point qu’on a soupçonné un temps Fada d’être un pion de Macky Sall. Aujour­d’hui, ô divine surprise, Fada rejoint la coalition du «Non» et n’épargne pas le pouvoir de ses diatribes acerbes pour flétrir le manque de concertations de Macky Sall autour du projet de réforme institutionnelle. Com­prenne qui pourra. Après lui avoir fait vivre le martyre, le Président Macky Sall file aujourd’hui le parfait amour avec Me Ousmane Ngom. Tous les deux étaient des anciens poids lourds (au propre comme au figuré) du Pds. On se rappelle encore l’arrestation musclée et manu militari de Ousmane Ngom à Kolda où il était en campagne électorale pour les Légis­latives de 2012, pour le compte du Pds. Ensuite, Ous­mane Ngom a été épinglé dans le cadre de traque des biens supposés mal acquis, à l’instar de 24 autres infortunés. Il a été interdit de quitter le territoire national et contraint à «vivre dans une prison à ciel ouvert» (ce sont ses propres mots), condamné à déférer régulièrement aux convocations, pour auditions, à la Dic de la police ou à la section de recherches de la gendarmerie, de même que son épouse Aline Ngom. Aujour­d’hui, le Président Macky Sall embarque Ousmane Ngom dans l’avion présidentiel pour son voyage en Guinée lors de la prestation de serment du Président Alpha Condé. Macky Sall a également mis Ousmane Ngom dans ses valises au moment d’aller à Touba dans le cadre de la campagne électorale pour le référendum. Nature­lle­ment, les exemples de ce genre sont à foison, avec ce qui ressemble à des vases communicants entre les politiciens. Mais, à qui la faute ? On dit que seules les montagnes ne se rencontrent pas. On a beau critiquer les politiciens, mais force est de reconnaître qu’ils sont bien dans leur rôle. Pendant que nous autres, qui ne sommes pas des politiques, à travers des joutes fratricides occasionnant parfois des drames familiaux et des déchirements irréparables, nous nous étripons à mort pour arriver à être fâché à vie les uns contre les autres, à cause des politiciens. Mais, ces derniers arrivent toujours à se retrouver après, entre potes, dans un palace, loin des yeux indiscrets, pour boire un coup et rire à gorge déployée de notre naïveté. Il est arrivé même qu’il y ait une crise au sein d’un couple dont les époux ne sont pas du même bord politique, suivie d’un ménage brisé en raison de divergences politiques qui sont prolongées jusque dans le foyer, parfois à l’insu même du politicien par qui tout est arrivé. Triste ! Mais, attention ! Nous ne sommes pas des va-t-en guerre qui se délectent de la violence entre camps opposés, ou qui aiment voir le sang gicler entre adversaires politiques. Au con­traire…Tout ce qu’on demande et souhaitons, c’est que les politiciens de ce pays respectent les Sénégalais, et qu’ils arrêtent leur cinéma. C’est toujours une très belle image que de voir des adversaires politiques -qui ne sont pas des ennemis- qui ne se font pas de cadeaux sur la scène politique, échanger de civilités, de bons procédés et d’amabilités, une fois hors de l’arène politique. Les femmes sont les plus à plaindre dans cette farce des politiciens. Voilà que, tel du bétail électoral, elles sont trimballées à gauche et à droite, entassées comme des sardinelles dans des «Ndiaga Ndiaye» ou dans des «cars rapides» pour aller applaudir à tout rompre lors des meetings. Tenaillées par la faim qui leur donne des crampes aux tripes, on leur sert rarement une collation. Longtemps exposées au soleil et aux intempéries, nos belles femmes que toute la planète Terre nous envie, en arrivent à perdre un peu de leur grâce et de leur charme légendaires, par la faute de politiciens machos, rustres et dépourvus de galanterie, de tendresse et de savoir-vivre. Utili­sées tout juste pour le décor et le folklore, il est rarement donné l’occasion aux braves femmes de prouver et de (dé)montrer leur talent, leur compétence et leur savoir-faire. Leur seule conquête remarquable à ce jour (la parité) n’en est pas une car tout le monde sait les considérations politiques qui en ont été à la base. De fait, les femmes députés, doivent leur présence massive à l’Assemblée nationale, moins à leurs compétences ou à leur représentativité politique, mais à une logique arithmétique qui veut que les listes des investitures pour la députation soient élaborées sous le schéma de l’ordre alternatif hom­me-femme. Ce qu’on ne parvient pas à comprendre aussi, c’est ce régime de crabe (on avance puis on recule) qui réussit la prouesse de réaliser un taux de croissance de 6,5%  (le Fmi l’a confirmé) mais qui trouve le moyen de se classer dans les 25 pays les plus pauvres au monde. Ce qui nous donne aussi les boules, c’est ce pays pauvre qui arrive à soigner un malade atteint du virus à fièvre hémorragique Ebola, là où les grandes puissances au monde ont fait chou blanc, mais qui dans la même semaine, n’arrive pas à prendre en charge une femme en passe d’accoucher et qui, lasse d’être traînée d’un hôpital à l’autre, où à chaque fois on refuse de l’admettre, a fini par succomber. C’est ça le Sénégal de tous les paradoxes. Le Sénégal où la politique est un raccourci direct pour s’enrichir ou, à tout le moins, pour avoir des gains faciles et substantiels faits de prébendes auxquelles les plus grands diplômés qui ont usé le fond de leurs pantalons sur les bancs d’écoles et d’universités n’osent se représenter, même dans leurs rêves les plus fous.
Par ailleurs, nous autres plumitifs, passons des nuits blanches à nous triturer les méninges pour pondre des tribunes à faire publier par les canards de la place, histoire de trouver un exutoire pour évacuer notre spleen, en pensant que les banderilles que nous plantons dans les flancs des politiciens seront suffisamment assassines pour leur apprendre à avoir un peu de considération pour leurs mandants. Mais, rien n’y fait. Ils n’en ont cure. Ça a tout l’air de les doper même. Nos critiques ressemblent à des œufs qui ricochent sur les carapaces des politiciens avant de s’écraser au sol. Aujourd’hui, nous prenant pour des demeurés, les politiciens, insaisissables, versatiles et déroutants, nous en font voir de toutes les couleurs. Pauvres crédules et naïfs que nous sommes, prêts à gober toutes sortes de baratin. Voilà des gens qui peuvent soutenir et défendre crânement, en même temps, une chose et son contraire ; mais aussi capables de transpirer à grosses gouttes dans la neige. Est-ce une inconséquence ou une incohérence de leur part ? Que nenni ! Ils sont dans leur rôle. Ce sont des politiciens, au sens le plus péjoratif du terme, avant et après tout. C’est-à-dire des gens sans scrupules, sans foi ni loi et qui affectionnent les situations de rente. Et c’est là que le citoyen lambda doit faire preuve d’un surcroît de discernement, en étant plus mesuré et plus lucide dans son engagement politique pour, avec tact et prudence, ne pas se laisser trop aller pour se retrouver finalement dans des situations extrêmes qu’il pourrait regretter car pouvant atteindre des points de non-retour. On a rarement vu des politiciens de premier plan blessés ou éprouvés dans les violences qui émaillent les manifestations ou compétitions politiques. C’est toujours les mê­mes, les suiveurs, les petits militants et autres fanatiques sans grade qui trinquent et tirent les marrons du feu, pour le grand bonheur des têtes d’affiche qui se sucrent sur leur dos et récoltent les fruits. Maintenant, aussi longtemps que nous leur laisserons l’initiative et le monopole de l’occupation de l’espace politique -la politique vue ici au sens noble du terme-  les politiciens continueront à s’en donner à cœur joie pour surfer sur les vagues de leur sport favori qu’est la duplicité, qui prospère et se nourrit de notre naïveté et laxisme, nous ravalant ainsi au rang de dindons de la farce politique.

Pape SAMB
papeaasamb@gmail.com

Les dindons de la farce politique