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Yoro Dia, CondÉ A AmenÉ La GuinÉe En Avant

Cher Yoro Dia, vous écrivez que ‘’En septembre 1958, en disant «Non» au Général de Gaulle, Sékou Touré fit entrer la Guinée dans l’histoire. Ses successeurs, des hommes médiocres, l’ont fait sortir de l’histoire et le troisième mandat d’Alpha Condé est le parachèvement de la sortie de la Guinée de l’Histoire. Non seulement la Guinée est sortie de l’histoire, mais elle-même sortie du présent et de l’actualité’’.

Il est indéniable qu’en septembre 1958, en disant ‘’Non’’ au général De Gaulle, Sékou Touré fit entrer la Guinée dans l’Histoire. Ses successeurs ne sont pas des hommes médiocres comme vous le prétendez et le président Alpha Condé a, non seulement consolidé la place de la Guinée en Afrique et dans l’Histoire, mais aussi et surtout, le président Alpha Condé a décloisonné la Guinée, en l’ouvrant à l’Afrique et au monde, tout en mettant la Guinée sur des rails nouveaux. Juste vous rappeler que l’arrivée d’Alpha Condé à la magistrature suprême en Guinée, équivaut en intensité politique et dans la symbolique démocratique, l’arrivée au pouvoir d’un certain Nelson Mandela en Afrique du Sud en 1994 et l’arrivée au pouvoir d’un certain Abdoulaye Wade au Sénégal en 2000 : des panafricanistes, des démocrates et des combattants de la liberté qui en ont payés le prix fort. De 1958 jusqu’en 2010, ce fut la première fois que la Guinée élit librement, démocratiquement et par la voie des urnes, un président de la République. Après être entrée dans l’Histoire en 1958, la Guinée s’est rappelé encore à l’Histoire en 2010. En 2020, la Guinée a encore inscrit sa présence et son actualité au cœur de l’agenda africain et mondial.

Cher Yoro, vous dites ‘’autant les élections et les tensions au Mali, en Côte d’Ivoire ou au Sénégal intéressent l’Afrique et le monde, autant les agitations politiques en Guinée relèvent d’un huis clos national. C’est pourquoi les Guinéens de Dakar, de Paris ou de Washington, qui manifestent dans ces capitales pour attirer l’attention de ce qu’on appelle l’opinion internationale, se trompent de stratégie et de combat en voulant braquer l’opinion internationale sur un pays qui a disparu des radars et qui n’intéresse personne.”

Jamais une élection présidentielle en Guinée n’aura mobilisé autant la communauté africaine et la communauté internationale, en termes d’observateurs et de missions d’observation. D’abord, avant la présidentielle du 18 octobre 2020, c’est l’Union africaine et l’Union européenne qui ont financé une bonne partie du budget du processus électoral dont la révision du fichier, l’inscription sur les listes électorales et l’organisation du scrutin. Ensuite, le jour de la présidentielle du 18 octobre 2020 en Guinée, la mission de la Cedeao (dirigée par l’ex-Premier ministre cap-verdien, José Maria Neves), celle de l’Union africaine (dirigée par l’ancien Premier ministre congolais, Augustin Matata Ponyo) et l’ONG panafricaine Stand for Life and Liberty, ont dépêché des observateurs. Maintenant que le déroulement du scrutin de l’élection présidentielle du 18 octobre 2020 en Guinée, connaisse quelques dysfonctionnements, relève de l’imperfection même de la nature humaine à fortiori de ses institutions et mécanismes. Car, aucune élection au monde n’est parfaite. La preuve, la dernière élection présidentielle aux USA. Aujourd’hui plus que jamais, la Guinée est on ne peut plus visible sur les radars de la géo-économie mondiale et de la géo-politique africaine.

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Cher Yoro, vous dites ‘’le «Dadis show» avait sa place dans l’actualité parce qu’il nous faisait rigoler. C’était une tragi-comédie, alors que la mégalomanie et la paranoïa de Condé sont tragiques. Comme le dit bien le livre de Senen Andriamirado, Le héros et le tyran, Sékou Touré a été d’abord un héros africain avant de sombrer dans la tyrannie à cause des complots imaginaires. Condé aussi a été un héros pour sa constance dans l’opposition à tous les régimes, de Sékou Touré à Dadis, avant de devenir mégalomane et paranoïaque en ressuscitant l’imaginaire complot peul. L’alibi du complot peul est le seul dénominateur qu’il partage avec Sékou Touré.”

Sous ce chapitre, vous avez raison en disant qu’Alpha a été un héros pour sa constance dans l’opposition à tous les régimes, de Sékou Touré à Dadis Camara. Par contre, qualifier le président Alpha Condé de mégalomane et de paranoïaque, c’est oublier qu’Alpha, en étant un héros avant d’accéder au pouvoir, est devenu un ‘’résistant au pouvoir’’ à l’instar d’un certain Abdoulaye Wade devenu ‘’un opposant au pouvoir’’, selon les termes d’Abdou Latif Coulibaly. ‘’Alpha, un résistant au pouvoir’’, un résistant contre l’armée et les multinationales. Parler du complot peul, c’est bien méconnaitre la sociologie politico-électorale en Guinée, d’une part et d’autre part, passer sous cape la survivance des pouvoirs coutumiers, traditionnels, religieux et des communautés en Guinée. Et la survivance de ces pouvoirs-là, est omniprésente en Guinée, même dans ses aspects les plus modernes. Et très démocratiques à leur façon.

Cher Yoro, vous dites ‘’…..la paranoïa de Condé sur le complot peul dépasse largement celle de Sékou Touré qui limitait ce complot à la Guinée, alors que Condé le transpose en Afrique de l’Ouest ; d’où son hostilité envers les présidents Macky Sall et Embalo. Ce qui constitue un grand handicap pour la diplomatie du bon voisinage et la théorie senghorienne de l’Unité africaine par cercles concentriques. Organiser une cérémonie d’investiture en l’absence de ses principaux voisins est la meilleure preuve de l’isolement de la Guinée dans la sous-région et sa disparition des grands enjeux du continent, comme la lutte contre le terrorisme.”

D’abord, une précision de taille. Que le président Macky Sall n’ait pas assisté à la cérémonie d’investiture du président Alpha Condé, ne saurait être imputable à ce dernier. Car le président Macky Sall himself a été bien invité à la cérémonie d’investiture. Mais finalement, il s’est fait représenter par une forte délégation. Quant au président bissau-guinéen Umaro Sissoco Embaló, entre lui et Alpha, c’est une autre histoire… Quant au président gambien, Adama Barro, la conjoncture politique en Gambie est telle que la meilleure manière d’assurer ses arrières et de terminer son mandat, c’est peut-être de rester chez lui, au pays, en Gambie.

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Ensuite, le Sénégal et la Guinée Bissau ne sont pas les seuls voisins de la Guinée. Le Sénégal et la Guinée Bissau sont des voisins parmi tant d’autres de la Guinée. Parce que la Guinée a comme autres voisins, le Mali, frontalier avec la Guinée sur 858 km ; la Sierra Leone, frontalière avec la Guinée sur 652 km ; la Côte d’Ivoire, frontalière avec la Guinée sur 610 km; le Liberia, frontalier avec la Guinée sur 563 km; la Guinée-Bissau, frontalière avec la Guinée sur….386 km et le Sénégal, frontalier avec la Guinée sur ….330 km. Et étaient présents à la cérémonie d’investiture du président Alpha Condé, ces autres proches voisins que sont les présidents du Mali, de la Sierra Leone, de la Côte d’Ivoire et du Libéria. Sans compter la présence de ces lointains voisins que sont les présidents du Tchad, du Ghana, du Togo, du Congo Brazzaville et du Burkina Faso. Que le président Macky Sall himself n’ait pas pu assister à la cérémonie d’investiture du président Alpha Condé n’enlève en rien aux relations fraternelles entre les Guinéen.ne.s et les Sénégalais.es et à l’entente mutuelle entre Macky et Alpha. Demandez à Ablaye (Abdoulaye Wade).

Yoro, vous dites que ‘’la Guinée de Sékou Touré qui était à l’avant-garde politique en 1958 est devenue une «illusion de l’arrière» avec Condé et son 3e mandat, et qui sera naturellement tenté par un 4e, car il ne lui sera pas difficile de trouver un constitutionaliste pour dire que le 3e mandat est en fait un 1er mandat avec la nouvelle Constitution. C’est une hypothèse très sérieuse, car Condé peut difficilement concevoir un autre Guinéen occuper le haut du pavé. Avec cette mentalité, la seule solution est la présidence à vie, entrecoupée d’élections qui ne sont que de simples formalités pour relégitimer et donner un emballage légal à un pouvoir personnel.”

La Guinée est une République et Alpha est dans la légalité constitutionnelle, dans le fait constitutionnel, mais pas dans la morale constitutionnelle. Car dans la légalité constitutionnelle et dans le fait constitutionnel, c’est le domaine de la loi en ce qu’elle permet et ce qu’elle ne permet pas, alors que faire dans la morale constitutionnelle, c’est faire de l’interprétation et de l’exégèse. Et dans ce domaine de l’interprétation et de l’exégèse, tout le monde peut avoir raison comme tout le monde peut avoir tort. Tout dépend des angles d’approche et de son parti pris…. Dire qu’Alpha fera un 4eme mandat alors qu’il vient à peine d’être réélu relève vraiment ‘’d’une illusion en arrière’’. Faisons cap sur ‘’une illusion du future’’ avec la présidentielle sénégalaise en 2024.

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Siré Sy est fondateur du Think Tank Africa WorldWide Group







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