Retrait des enfants de la rue : Monsieur le président, Rentrez dans l’Histoire


Des maîtres chanteurs aveuglés par des gains immondes sur le dos des enfants recommencent à proférer des menaces contre la République protectrice des enfants.
Toute honte bue, ils réclament le droit d’exploiter les enfants en les forçant de mendier, le droit de vivre de la force de travail prématurée de ces enfants orphelins de la république. Ils réclament le droit de leur faire subir de graves châtiments corporels s’ils ne rapportent pas la somme journalière fixée d’avance. Ils réclament le droit de les menotter, de les frapper à mort, de les soumettre à un stress permanent et à des précarités de vie indignes d’une condition humaine. Ils réclament le droit de livrer les enfants aux pieds nus à l’errance dans les rues de nos principales villes sous la chaleur, le froid, la pluie et à n’importe quelle heure de la journée. Ils réclament notre lâcheté et notre silence complice.

La République s’est toujours couchée devant ces bourreaux d’enfants et leurs complices qui se trouvent aussi dans la société. Nous avons en mémoire la reculade de l’ancien régime alors que le premier Ministre Souleymane NDéné NDIAYE, suite au conseil inter ministériel du 24 août 2010, annonçait et mettait en œuvre le premier plan concret de retrait des enfants des circuits de l’exploitation de leur mendicité.

La deuxième reculade a été marquée par le blocage du Plan Stratégique d’Eradication de la Mendicité Infantile adopté en conseil interministériel présidé par l’ancien premier Ministre Abdoul MBAYE et comme réponse à la tragédie de l’incendie du tristement célèbre daara de la Médina où neuf talibés sont morts brûlés vifs.

M. le président de la République, votre décision historique de retirer définitivement des rues de nos villes tous les enfants soumis à l’exploitation de leur mendicité, aux négligences criminelles et à diverses formes de maltraitance, honore la République.
Osez donc rentrer dans l’Histoire en étant le Président du Sénégal qui a eu le courage politique de mettre fin à la servitude quotidienne de mendicité forcée, voire à l’esclavage, de dizaines de milliers d’enfants du Sénégal et de la sous région.
La confusion entretenue par la communication de votre premier Ministre limitant votre initiative de salut public et de restauration des droits de ces enfants martyrs à la seule région de Dakar, du moins de Dakar à MBao, ne doit nullement vous engager. Quid des enfants en situations de rue dans les autres régions et victimes de l’exploitation de leur mendicité et d’autres formes d’asservissement? Le bon sens et l’intangibilité des droits de tous les enfants à la protection n’acceptent pas ce non sens et ce manque de courage politique.

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Le Sénégal ne mérite point d’être le seul pays au monde et de la Umma islamique où l’Etat et la société ne réagissent pas à cette honteuse exploitation et maltraitance des enfants. Nous sommes des millions de sénégalais qui n’acceptons plus cela. Nous sommes prêts à défendre l’honneur de la République, l’Etat de droit, nos valeurs religieuses et culturelles qui assurent la protection de tous les enfants sans aucune discrimination.

Parmi ce peuple digne qui soutient votre décision, il y’a bien des maîtres coraniques, des imams, des marraines de daaras ou « dey daara », des enfants qui souffrent quotidiennement dans leurs chairs et subissent des mutilations au plan psycho affectif, des enfants et jeunes de tous les milieux , des femmes, des intellectuels, des chefs religieux, d’islamologues, des notables et chefs coutumiers, des artistes et créateurs, des sportifs, des délégués de quartier, des travailleurs sociaux de rue, des acteurs des organisations de la société civile nationale et internationale, des travailleurs, des chefs d’entreprise, des membres de divers partis politiques(je salue au passage les courageuses positions publiques de l’UNP de Moctar Sourang, de la LDMPT, de la Plateforme Avenir Sénégal Binu beug et du Maire de la Médina Bamba Fall).

M. le président de la République, vous avez également reçu les soutiens de la CEDEAO, du Système des Nations- Unies, de pays amis, de citoyens de pays de la sous région et de toute l’Afrique entière.
C’est vous dire que le monde entier a le regard tourné vers le Sénégal où vous venez de susciter la grande espérance de libération des enfants des pires formes d’exploitation et de pratiques analogues à l’esclavage. Il vous/nous est absolument interdit de briser cette espérance.

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C’est maintenant que l’histoire frappe à votre porte. Ne ratez surtout pas ce momentum. Dans le passé nous avons tout essayé pour éradiquer ce phénomène d’asservissement de l’enfant sans y parvenir effectivement. A cet effet, je rappellerai pour la mémoire collective : la tenue, en juillet 1977, du premier conseil inter ministériel consacré à la lutte contre la mendicité des enfants ; l’organisation, dans la foulée de ce conseil inter ministériel et par l’Institut Islamique de Dakar, d’un séminaire national sur la mendicité des enfants de certains daaras avec la participation de diverses associations islamiques, de maîtres coraniques de daaras de grande renommée et des représentants de certaines associations laïques ; l’Instruction d’octobre 1978 du premier Ministre demandant au Ministre de l’Action Sociale de prendre toutes dispositions utiles pour : lutter contre la mendicité des talibés avec le concours de la police et de la justice, ouvrir des centres d’accueil pour les talibés mendiants, appuyer les daaras sur les plans alimentaire et sanitaire ; les tenues en octobre 2006 du premier Conseil Présidentiel sur les enfants de la rue , du Conseil inter ministériel du 24 août 2010 , du Conseil inter ministériel du 13 mars 2013.

Des milliards de francs FCA ont été dépensés dans des programmes et projets dédiés à la lutte contre l’exploitation de la mendicité des enfants, au retrait et réinsertion des enfants de la rue (expérience du Partenariat pour le Retrait et la Réinsertion des Enfants de la rue-PARRER- soutenu par la Banque Mondiale et l’UNICEF). L’environnement légal a été renforcé avec l’adoption de la loi n°2005-06 du 10 mai 2005 relative à la lutte contre la traite des personnes et pratiques assimilées et à la protection des victimes.

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Malgré tous ces processus et initiatives publics, soutenus par la société civile et des partenaires techniques et financiers, la présence d’enfants dans les rues à des fins d’exploitation et d’abus ne cessait de croître.
L’action d’autorité requérant la mobilisation de l’ensemble de l’appareil d’Etat s’imposait Votre décision est de l’ordre de la justice réparatrice pour les enfants oubliés, négligés et livrés à des prédateurs de touts bords. Alors M le Président, je vous en supplie : Rentrez dans l’Histoire.

 

Mamadou WANE dit Mao

Coordonnateur de la PPDH Membre du Groupe de la société civile, des partenaires techniques et financiers pour la Protection de l’Enfant.

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