De la multiplication des coalitions de Partis politiques


De la multiplication des coalitions de Partis politiques

L’opposition politique sénégalaise est-elle la plus inintelligente, ou la plus déraisonnable du monde ? L’absence d’accord pour mettre en place, une ou au plus deux très grandes coalitions pour venir à bout de Macky Sall, lors des élections législatives de juillet 2017, tendrait à conforter notre interrogation. Nous pouvons légitimement comprendre, que des intérêts divergents sous-tendent des négociations, mais par des concessions réciproques, il devrait être possible de rapprocher des positions éloignées.

Il est très regrettable que « Mankoo Taxaawu Senegaal » (MTS), dans sa version originelle de dix Partis politiques coalisés n’est pas survécu à causes d’égos surdimensionnés, de certains de ses membres, avec des revendications ou, des exigences jusqu’auboutistes sans fondement objectif. Quelles que soient les raisons du divorce ou, de la mésentente, les Partis devaient se surpasser pour arriver à s’unir. De notre point de vue, la cause de la rupture des négociations ayant conduit, à cette situation, ne se trouve pas seulement, dans le souhait d’être la tête de liste ou, de vouloir piloter la liste nationale de cette coalition.

Faut-il le rappeler, en principe, tout leader politique devrait jauger sa notoriété, ou, mesurer son poids électoral dans sa localité, sur une liste départementale qui relève du scrutin du « Raaw Gaddu » et, non sur une liste nationale, régie par le scrutin  proportionnel. C’est dire encore, être la tête de liste départementale permet au leader politique, de montrer la force de son implantation locale (départementale), ce que ne permet pas la liste nationale. Donc, la revendication pouvant déboucher sur l’absence d’accord au sein de MTS, ne serait vraiment recevable, selon nous, que si elle portait sur la tête de liste d’un département, par exemple celui de Dakar.

Ainsi, nous les avons soutenus, encouragés et, rappelés cette prophétie de Victor Hugo selon laquelle « par l’union, vous vaincrez. Étouffez toutes les haines, éloignez tous les ressentiments, soyez unis, vous serez invincibles ». D’autant que « l’union même de la médiocrité fait la force » (Homère). Mais encore, « lorsque les hommes travaillent ensemble, les montagnes se changent en or » (Proverbe chinois). Malheureusement, ne pensant qu’à eux-mêmes, certains leaders politiques sont trop souvent déconnectés des réalités ou, des aspirations du peuple.

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Sans être défaitistes, nous voulons seulement restés lucides, mais la victoire de l’opposition aux élections législatives du mois de juillet prochain, reste très hypothétique. Car nous sommes beaucoup moins sûrs, et beaucoup moins confiants, que nous ne le fûmes au début de la mise en place de la Coalition MTS.

Comment comprendre qu’il y ait autant de coalitions de Partis politiques, pour aller aux élections législatives de 2017, que rien ne justifie concrètement. Le refus ou, le rejet de partir en coalition avec certaines formations politiques, pour des intérêts purement personnels et politiciens. Ou encore, l’absence d’accord fondée sur des éléments mineurs, voire quelque fois insignifiants, ou s’attarder sur  des considérations plutôt futiles, pour ne pas s’associer serait de nature à préparer de façon (non intentionnelle sans doute), les raisons de l’absence de majorité législative de l’opposition politique aux élections législatives prochaines.

Aussi, à part participer pour participer, quelle est l’utilité ou, la stratégie d’une coalition de Partis politiques d’avoir, par exemple, une liste avec 60 candidats à cette élection législative sur liste nationale (scrutin proportionnel), pour se retrouver avec zéro député, ou au plus avec deux députés. Avec l’émiettement de l’électorat, telle sera la triste réalité au soir du 30 juillet 2017, pour certaines d’entre elles malheureusement.

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Pourtant, avec le système électoral du  « Raaw Gaddu » au niveau départemental (élection à un tour de scrutin, d’où majorité relative pour se voir attribuer tous les sièges du département), la multiplication de coalitions de Partis politiques au sein de l’opposition, serait de nature à profiter à Macky Sall ou, aux coalitions de Partis politiques se revendiquant de la majorité présidentielle.

En prenant date au risque de nous tromper, nous affirmons un tel système électoral (le Raaw Gaddu), est souvent à l’avantage des Partis politiques ou, coalitions de Partis politiques ayant plus d’assise ou, plus d’emprise (même superficielle) sur la population. Dans une telle configuration, seules de très larges coalitions de partis politiques de l’opposition peuvent mettre en échec notre assertion.

La profusion des coalitions de Partis politiques va fatalement entrainer un éparpillement des voix, ce qui in fine pourrait bénéficier à Macky Sall. Alors que, l’intérêt de la NATION devait seul primer sur tout autre, pour mettre indiscutablement en minorité le Chef de l’Etat au sein de la future Assemblée Nationale. Et, l’obliger à cohabiter jusqu’aux élections présidentielles de 2019, pour le soustraire définitivement de l’exercice du pouvoir présidentiel.

Dans une élection à deux tours (exemple les élections présidentielles) l’éparpillement des voix entre plusieurs candidats, peut ne pas être si déterminant, puisque aucun candidat ne peut être élu au premier tour. Comme au second tour, il va y avoir coalition autour des deux candidats qualifiés. Par contre, le calcul d’un éventuel regroupement, dans une élection législative à un tour, surtout avec un mode de scrutin comme celui du « Raaw Gaddu » est très risqué.

Prétendre ou, prévoir qu’une fois les députés élus, les coalitions d’alors vont se regrouper, au sein d’un même groupe parlementaire ou, vont reprendre les négociations pour se retrouver dans une nouvelle coalition de gouvernement. Une telle projection est non seulement aléatoire mais irresponsable, du fait qu’elle se fonde sur un électorat très versatile. Sur lequel ne peut et, ne doit être bâti la finalité d’un projet qui transcende des clivages politiques, parce que déterminant l’avenir de tout un peuple.

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Lorsque l’intérêt majeur de la NATION est en cause, les intérêts particuliers aussi importants qu’ils puissent être, devraient s’effacer. Il en est entre autres ainsi, face aux dérives de Macky Sall, avec ses atteintes à répétition aux fondements de la démocratie, et de l’Etat de droit, mais aussi, avec sa gestion chaotique, et/ou nébuleuse des ressources et deniers publics. Les élections législatives, du mois de juillet 2017, offraient une occasion, à l’opposition politique en cas de victoire, de mettre certains des pouvoirs du président de la République sous étroite surveillance, et de prendre en main les destinées de la population, pour appliquer une autre politique.

Souhaitons seulement que notre analyse soit erronée, que la multiplication des coalitions de Partis politiques, ait un impact très mineur, et que l’opposition politique sort vainqueur des élections législatives prochaines. Dans le cas contraire même, si le destin du pays ne dépend pas spécifiquement de cette confrontation électorale, il faut toutefois relever, des leaders politiques porteront une certaine part de responsabilité devant l’histoire. En ayant sacrifié l’intérêt général sur l’autel des intérêts personnels et, de surcroit politiciens, si toutefois Macky Sall et ses partisans devenaient (encore) majoritaires à l’Assemblée Nationale au soir du 30 juillet 2017.

Daouda N’DIAYE

Juriste/Analyste politique

Article dédié Moustapha Diagne

 

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