Passons aux choses…non moins sérieuses!


Les élections législatives du 30 juillet 2017 ont vécu. Et, comme un silence pesant s’est abattu sur nos villes et nos campagnes. Après plusieurs mois de fureur politicienne et trois semaines de déchaînement électoral, le verdict est tombé: la cour d’appel a proclamé les résultats officiels qui donnent la majorité absolue au Pouvoir, soit 125 députés sur les 165 que compte désormais l’Assemblée Nationale du Senegal.

Le silence pesant de ceux qui ont sillonné le pays dans tous les sens s’explique, en partie, par la non concordance entre la majorité tirée des urnes et la vérité des suffrages exprimés en faveur des uns ou des autres. Cela donne un goût amer à la victoire pour les uns et l’amertume des regrets pour les autres. Ceux qui ont tout perdu par la faute de leurs divisions . J’ai déjà évoqué cet étrangeté en soulignant le fait qu’à Dakar, celui qui a perdu a gagné! Grâce au mode de scrutin. Ce silence pesant s’explique aussi par le fait qu’une redistribution des postes est imminente. Tous les politiciens sont très occupés! En effet, les suppléants des députés, qui vont soit rester ou être nommés au Gouvernement, piaffent d’impatience et consultent les oracles ! Des Directeurs Généraux et autres aspirants ministres exhibent les résultats électoraux obtenus dans leur bourgade pour se signaler au cas où… “Il est beau mon petit village…”

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Dès lors, ce sont les féticheurs et autres diseuses de bonne aventure qui se frottent les mains: c’est la saison des peurs et des espérances démesurées. Il faut les alimenter et s’en nourrir… Good for them!

Pendant ce temps, les urgences attendent…

Le pays va mal. Très mal! Outre les frustrations multiples et multiformes qui s’entassent sur la misère des populations, des plaies purulentes viennent de s’ouvrir à la faveur du délire de deux dames, devenues tristement célèbres, et qui viennent de défrayer la chronique. Je ne les nommerai pas. Je ne vais même pas m’attarder sur leur cas spécifique. Je vais plutôt m’interroger sur l’étonnement, feint ou réel, des autorités. Tant le discours offensant à l’endroit du Chef de l’Etat, que les propos insultants de la militante de l’APR, sont des pratiques qui sont devenues monnaie courante sur les forums non modérés des sites internet d’information les plus visités de notre pays. Il ne se passe pas un seul jour sans que des “débats” au ras des caniveaux ne s’y instaurent, permettant à des oisifs, bêtes et méchants, de déverser leur venin sur la toile. Ce, avec d’autant plus de rage que l’anonymat leur garantit l’impunité. Et on laisse faire. On a laissé trop faire. Et ce type de discours s’est incrusté insidieusement dans la normalité au point de se croire apte désormais à investir plus largement le champ public. Et on ne dit rien. Dans quelques cercles “intellectuels” on se prend même au plaisir d’analyser, avec des arguments qui fleurent l’intelligence, des phénomènes qui relèvent de la psychiatrie pure et simple! Mais c’est ainsi que, lentement mais sûrement, l’on donne force et vigueur au monstre qui sommeille à l’intérieur de tant de psychopathes qui vivent parmi nous. Ils sont apparemment inoffensifs jusqu’à la création des conditions de leur explosion. Et vient un jour où l’on ne reconnait même plus son propre voisin…

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Pour ce qui concerne les deux dames, il est dommage que notre législation ne prévoit pas une bonne raclée, question de leur faire regretter leurs propos outranciers. Cela ne mérite pas de déployer une armada juste pour écraser des mouches.

Par contre, un traitement de fond doit être mis en œuvre pour les forums du web qui sont plus dangereux tant le discours haineux, bête et méchant s’y est taillé une place prépondérante. Certains utilisateurs, facilement identifiables, ont des pseudos qui sont devenus des labels connus et reconnus. Et personne ne dit rien.

Dans certains cercles hors du web, des embryons de discours tendant à expliquer la promotion de tel ou tel par son appartenance à telle ou telle ethnie commencent à s’insinuer. Il ne servira à rien de chercher à les étouffer. Il faut plutôt faire preuve de courage et de responsabilité pour crever les abcès. Créer les conditions d’un débat structuré sur nos fraternités, bâties sur des siècles de cohabitation harmonieuse, me paraît beaucoup plus urgent que de traîner deux malades au tribunal. Identifier les pôles d’émission des pensées perverses et les neutraliser est un impératif de salut public. Bas les masques !

Les hommes politiques, les guides religieux, les universitaires et les personnalités marquantes de notre pays doivent s’investir dans cette entreprise pendant qu’il est encore temps car, des apprentis sorciers et leurs maîtres sataniques rôdent… Depuis des siècles, ces être maléfiques ont échoué à embraser le Senegal, comme ils ont pu le faire dans d’autres pays africains. Faisons tout pour que notre génération ne soit pas celle qui aura failli.

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Comprenne qui pourra encore une fois!

Amadou Tidiane WONE

woneamadoutidiane@gmail.com

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Homme politique.
Ancien ministre de la culture.
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