La pédagogie différenciée, un impératif contre l’échec scolaire


Les taux d’échec notés ces dernières années aux différents examens de fin d’année, particulièrement dans le moyen secondaire, interpellent. Cette année, au Bfem et au Baccalauréat, on a enregistré des résultats très décevants : 32%, c’est le taux de réussite au Baccalauréat général de cette année.

Pour un système qui se veut performant et efficace, il y a lieu de s’inquiéter surtout que pour l’école de la réussite, les Assises de l’éducation et de la formation (Aef) avaient annoncé beaucoup de ruptures, dont celle d’offrir les meilleures perspectives de réussite à tous les élèves. Seulement, on a l’impression que les élèves n’ont pas les mêmes chances de réussite : malgré tout ce qu’on dit sur l’éducation inclusive, beaucoup d’élèves en difficultés, souffrant de handicaps de toute sorte ou de troubles à caractère psychologiques dont les «dys», sont laissés à eux-mêmes.

Une élève du nom de Aïda Ndao, inscrite en classe de 6ème B pour l’année scolaire 2016/2017 au Cem Djibril Diaw dans la commune de Thiès, souffrant d’un handicap auriculaire, en est une parfaite illustration. La jeune fille, domiciliée chez ses parents au quartier Cité Lamy, très studieuse et pleine de volonté, risque d’être renvoyée pour insuffisance de résultats et d’arrêter ses études avant même d’avoir seize ans. Aucune attention n’est portée sur elle par l’équipe pédagogique pour lui apporter un appui dont devrait bénéficier un enfant victime d’un handicap. La jeune fille, ne pouvant suivre et noter les explications et les cours dictés par ses professeurs, est obligée d’attendre pour recopier sur ses condisciples qui ne sont pas toujours disposés à lui laisser leurs cahiers.

Ces cas sont très nombreux dans nos salles de classe où, mélangés dans le groupe, des élèves souffrant de troubles d’apprentissage doivent se contenter d’une pédagogie appliquée au groupe, celle où tout le monde est censé apprendre, comprendre et enregistrer la même chose au même moment.

En dehors de ces troubles d’apprentissage (dysgraphie, dyspra­xie, dyscalculie, dyslexie…) dont la prise en charge nécessite souvent l’intervention de spécialistes, on parle aujourd’hui beaucoup de phobie scolaire dont souffrent les élèves. Dans son livre intitulé « Souffrances à l’école. Les repérer, les soulager, les prévenir », la pédopsychiatre française Nicole Catheline considère que «les enfants malades de l’école» seraient de plus en plus nombreux. Submergés par le stress et la peur, beaucoup d’élèves préfèrent rester à la maison plutôt que de poursuivre leur scolarité. Parmi ses propositions pour éviter la phobie sociale, conséquence du rejet de l’école, il y a des formules d’accompagnement, dont celui du projet d’accueil individualisé visant le maintien scolaire. Ce dispositif, pense la spécialiste, définit l’emploi du temps de l’enfant (cours suivi, temps thérapeutique) en fonction de son état de santé, à l’issue d’une concertation entre le thérapeute, le médecin de l’éducation nationale et les enseignants.

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Au Sénégal, nous avons un système éducatif encore très centralisé : le fonctionnement est uniforme dans tous les établissements. On ne tient pas vraiment compte des spécificités locales avant de définir une politique éducative. Comme, par exemple, en France où on peut retrouver des Zep (Zones d’éducation prioritaire). Dans ce cas de figure, rappelle Jacques Testaniere, «on peut, dans la définition de la politique scolaire, l’organisation et la réglementation des enseignements existantes, faire appel à l’initiative des enseignants pour instaurer des pratiques pédagogiques nouvelles qui rendent l’échec scolaire moins fréquent.»

Nous sommes bien loin de l’organisation et de la collaboration des structures en charge de l’enfance des pays développés où des équipes pluridisciplinaires-neu­roscientifiques, psycholinguistes, chercheurs en sciences de l’éducation collaborent pour diffuser leurs résultats auprès des enseignants. Et sans aucun doute, les conditions de travail excusent beaucoup de collègues anxieux dans une école aux nombreux paradoxes, dont le principal est évoqué par Philippe Meirieux, héraut de la pédagogie et promoteur des méthodes actives, lorsqu’il écrit : « L’école assigne des individus dans des espaces et des temps contraints sur des sujets imposés pour qu’ils mettent en œuvre leurs libertés d’apprendre.»

Mais il y a toujours lieu d’essayer en s’appuyant sur des méthodes et approches dont la pédagogie différenciée.
JP Aston Fee la définit comme une pédagogie qui se différencie selon les enfants, leurs caractéristiques personnelles et sociales. La pratique de la pédagogie différenciée consiste à organiser la classe de manière à permettre à chaque élève d’apprendre dans les conditions qui lui conviennent le mieux. Différencier la pédagogie, c’est donc mettre en place dans une classe ou une école des dispositifs de traitement des difficultés des élèves afin de faciliter l’atteinte des objectifs de l’enseignement.
Robert Burns, qui est à l’origine de l’école de Genève, aborde également par une phrase simple toute la problématique à laquelle sont confrontés tous les enseignants : «Il n’y a pas deux apprenants qui apprennent de la même manière.»

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Dans le cas des systèmes éducatifs où la pédagogie différenciée est un pilier des modes d’apprentissage, en Finlande par exemple, les pratiques de différenciation commencent par le «diagnostic a priori» : il faut connaître les besoins de l’enfant avant de pouvoir mettre en place une pédagogie qui lui convient. Il préconise des structures facilitant cette différenciation, une évaluation de leur performance qui soit formative et non sélective, une pédagogie du projet qui fasse une large place à l’interdisciplinarité et une individualisation de l’enseignement.

Et l’enseignant joue un rôle important dans ce dispositif, il vivra la différenciation au niveau de son équipe éducative tout comme l’enfant dans son groupe. Tantôt en situation d’apport aux autres, tantôt en situation de réception ou de partage, il augmentera son degré de connaissance personnelle par le regard de ses collègues, des collaborateurs à une œuvre commune. Philippe Meirieux, dont le fondement de sa pensée est «le principe d’éducabilité», insiste beaucoup sur le travail de l’enseignant qui a pour principale mission de mettre en œuvre les moyens qui permettent à chacun de progresser et d’acquérir son autonomie.

L’enfant, quant à lui, grâce à la pédagogie différenciée, va acquérir une meilleure connaissance de lui-même et sera plus conscient de ses forces, ses faiblesses, ses manières de faire et ses comportements face à l’erreur ou à la réussite.

L’école, en aidant l’enfant à avoir confiance en lui-même, rejoint les préoccupations politiques et pédagogiques actuelles, à savoir :
l’égalité d’accès à l’instruction et l’égalité des chances pour atteindre l’égalité des résultats,
La lutte contre l’exclusion scolaire et sociale afin de remettre en valeur «la justice pour chacun et pour tous»,
Surtout la réussite de chaque élève, ce qui implique la prise en compte des différences (intérêts, acquis, rythme, repère, profil cognitif, culture, etc.)

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Pour rappeler ainsi, que l’école a pour préoccupation essentielle la lutte contre l’échec scolaire.
Au niveau du moyen secondaire, il y a beaucoup de choses à faire pour lutter contre l’échec scolaire.
Comme solutions, je pense qu’il faut des stratégies guidées par la recherche-action, pourvoyeuse de méthodes efficaces et de résultats scolaires appréciables. Je suggère un travail d’identification des élèves en difficultés après l’administration d’un test sur certaines matières au coefficient déterminant à l’examen dont la philosophie, l’histoire et la géographie pour les séries L et les Maths, Svt et Pc pour les séries scientifiques dès décembre. Les élèves sélectionnés, surtout ceux en classe d’examen, pourraient bénéficier de cours de soutien, placés dans les emplois du temps : c’est bien possible pour chaque professeur de prendre 4 heures, surtout que certains, pour ne pas dire beaucoup, sont sous employés. S’il y a lieu aussi de motiver les enseignants, comme on le fait pour ceux qui encadrent les élèves candidats au concours général, il faut mener la réflexion.

Dans cette prise en charge des élèves en difficultés, qu’on n’oublie pas ceux porteurs d’un handicap visuel ou auriculaire et qui n’arrivent pas à suivre les explications et dictées des professeurs. C’est le moment peut-être de rappeler à l’Inspection médicale des écoles le travail qu’elle doit mener pour la prise en charge de tous ces élèves malades.

 

Bira SALL
Professeur de Philosophie au Lycée Ababacar Sy de Tivaouane,
Chercheur en Education, Spécialiste Petite enfance
sallbira@yahoo.fr

Bira SALL

Professeur de Philosophie Au lycée Ababacar Sy de Tivaouane
Spécialiste Suivi Programme Petite Enfance.
Consultant en Education et Formation
sallbira@yahoo.fr

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