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Pour Une Réforme De L’asp Et Un Recentrage De Sa Mission Sur La Sécurité.

Il y a quelques jours, le chef de l’Etat, en Conseil des ministres, a prorogé de deux ans de plus le contrat d’engagement des agents de l’ASP (Agence d’Assistance à la Sécurité de Proximité) qui arrive à terme. Ensuite, il a tressé des lauriers à l’agence et à ses responsables. Mais, l’on est tenté de dire au président de la République que  l’ASP peut mieux faire et doit mieux faire.  Car, force est de constater que rien n’a profondément changé dans les problèmes sécuritaires de proximité au Sénégal depuis la naissance de cette structure. Vols, agressions, cambriolages, accidents en tous genres sont encore monnaie courante dans notre pays. On a l’impression que les agents de l’ASP sont à la sécurité, ce que sont les volontaires et les vacataires à l’éducation nationale : des travailleurs de seconde zone. Ils n’ont pas d’arme, ne peuvent, semble-il, ni verbaliser, ni établir des contraventions. Ce qui affaibli leur autorité et sape leur crédibilité aux yeux des citoyens qui, souvent, ne leur accordent que peu de respect. Partout au monde, sécurité rime avec force et coercition, sans lesquelles, il y a un leurre  qui n’a point d’effet dissuasif sur les hors la loi.

Tous ceux qui fréquentent régulièrement les services de l’Administration, constateront avec moi, que beaucoup d’agents ASP sont payés à ne rien faire. Ils se tournent les pouces et boivent du thé à longueur de journée dans les bureaux.  Ils y sont, souvent, en nombre pléthorique, et y sont réduits gérer l’accueil, l’orientation, les files d’attente, les entrées et les sorties, là où il n’y a aucun problème de sécurité. Nous avons même vu le maire d’une commune en prendre un, pour un usage privé, en le transformant en chambellan chargé de gérer ses audiences à domicile.

De mon point de vue, il me semble que la mission et les objectifs de l’agence doivent être revus.  Eu égard aux énormes besoins en matière de sécurité dans notre pays, l’ASP doit être réformée et transformée en une institution publique de plein exercice à côté de la police et de la gendarmerie qui n’ont pas à souffrir de jalousie face à l’arrivée d’une sœur jumelle qui les épaule et qui, présentement, est fortement handicapée. Face aux menaces sécuritaires multiformes, l’agence doit être renforcée, ces agents recentrés sur le cœur du métier, à savoir la sécurité, en leur proposant un emploi attractif et durable, ainsi qu’une carrière professionnelle digne de ce nom, dans la fonction publique. Même si cela aura des incidences importantes sur la masse salariale et les finances publiques. Le jeu en vaut la chandelle, la vie humaine n’a pas de prix. Ce qui mettrait fin à l’idée d’en faire un tremplin vers d’autres métiers, lesquels sont au nombre de 72, selon les dernières déclarations du Directeur général de l’agence. Et pourtant, il existe beaucoup de domaines où les ASP peuvent être plus utiles et efficaces pour juguler les menaces sécuritaires. Jugez-en.

Dans les sports qui charrient beaucoup de passion, comme la lutte et le football, notamment les Navétanes, les ASP devraient y figurer en permanence. Il y a aujourd’hui ce qu’on appelle le métier de stadier en Europe, agent dont la mission est d’accueillir les supporter, de les orienter, d’observer, de surveiller et de contrôler leurs mouvements afin d’assurer leur sécurité, de prévenir la violence et les débordements dans les stades. Qu’est ce qui nous empêche d’en former pour gérer les foules de supporters? Si on en avait, le drame des supporters de Mbour ne se serait peut être pas produit. Les stadiers auraient comblé le déficit de policiers constaté ce jour, durant ce match de football.

En mer, nous perdons, chaque année, des dizaines de pêcheurs qui bravent la houle et refusent de porter le gilet de sauvetage. Il faut que la DPSP (Direction de la Protection et de la surveillance des Pêches) soit suffisamment dotée d’agents ASP pour effectuer des contrôles plus fréquents et réguliers des embarcations des pêcheurs artisans (quelques dizaines de pirogues ont été inspectées selon le dernier rapport de cette direction rendu public ; ce qui est infime par rapport à la flotte existante) et que de lourdes amendes soient adressées aux pêcheurs réfractaires au port du gilet. Mais, d’abord des ASP doivent être déployés sur les quais, à chaque fois que la météo sonne l’alerte, afin qu’ils empêchent les pêcheurs d’aller en mer, une attitude aux relents suicidaires.

Restons dans l’eau. Chaque année des chavirements de pirogues sont enregistrés en mer, mais aussi à l’intérieur du pays. Et l’on ne tire jamais les leçons des drames provoqués par ces accidents. Il est grand temps de mettre un ou des ASP à chaque lieu d’embarcation pour contrôler le port du gilet de sauvetage, signaler aux autorités compétentes son absence sur le site, au cas échéant, et veiller à ce qu’il n’y ait pas de surcharge des pirogues. Toujours dans l’eau, les noyades sur les plages en été, emportent chaque année des dizaines de jeunes. Mettons d’abord des ASP sur les plages interdites qui, paradoxalement, sont les plus fréquentées à Dakar, avant de les former aux techniques de sauvetage ou d’en faire des maîtres nageurs.

Sur la terre ferme et en matière de circulation routière en milieu urbain, Dakar souffre d’embouteillages monstres, souvent du fait de l’indiscipline des usagers de la route, mais aussi de l’absence d’un agent de la police pour réguler le flux des voitures. A ce sujet, les zones et les points critiques de la capitale sont connus. Les services qui ont la responsabilité régalienne de gérer ce problème, n’ont pas besoin qu’on leur fasse une carte pour soulager les automobilistes. A défaut de policiers, les ASP, conformément à leur mission de service public, doivent pouvoir suppléer ou venir en appoint aux forces de l’ordre, comme ils font de temps à autre.

Dans nos marchés, les incendies font chaque fois des dégâts matériels importants. A l’origine de ces sinistres, il y a souvent des problèmes de sécurité. Ce sont des branchements clandestins qui sont régulièrement pointés du doigt. La SENELEC devrait pouvoir mobiliser des ASP pour débusquer dans les marchés ces types de branchements afin, non seulement, de lutter contre la fraude sur l’électricité, mais aussi de prévenir des catastrophes. Dans le même ordre d’idées, il existe de nombreux bâtiments et maisons qui menacent ruinent à Dakar et à Saint-Louis, particulièrement. Au lieu de prendre les devants, l’on attend qu’ils s’écroulent sur de paisibles citoyens pour qu’on dise Ndogalu Yalla. Les ASP, en rapport avec la Direction de la protection civile, pourraient jouer un rôle de prévention en menant des enquêtes de terrain dans les quartiers pour identifier ces bombes à retardement, établir des rapports circonstanciés, afin que des mesures appropriées soient prises.

Que dire des agressions et du trafic des stupéfiants dans certains quartiers bien connus où les malfaiteurs ont pignon sur rue? L’agence a commencé à signer des protocoles avec des délégués de quartiers à Dakar. C’est une bonne initiative, mais la priorité doit être accordée aux « quartiers chauds » où personne n’ose montrer dehors le bout du nez, dès que la pénombre s’installe. Certains quartiers  connaissent moins le phénomène des agressions que d’autres et n’ont pas besoin des ASP. Cependant, le risque doit être mesuré pour les quartiers réputés dangereux. Les délinquants ne sont pas des enfants de cœurs. Il serait préférable d’y envoyer des ASP qui ont déjà effectué le service militaire en les armant, contrairement à ce que pense leur Directeur général sur cette question. A mon avis il est temps de les armer pour faire face à la pègre, ne serait que pour ce type de mission. Là aussi, nos services de renseignements et de police connaissent la plupart des milieux interlopes. Pas besoins qu’on leur indique les endroits à investir. La prévention en matière de sécurité, c’est aussi installer la peur dans le camp des malfrats.

Le retrait des enfants de la rue, la vente des médicaments contrefaits dans la rue, le vol du bétail, l’occupation des zones non eadificandi (la Direction de Surveillance et de l’Occupation des sols ou DSCOS et le Service National de l’Hygiène se plaignent souvent d’un manque de personnel), les risques environnementaux, notamment, l’extraction illégale et dangereuse du sable marin, les décharges d’ordures sauvages, la déforestation et la coupe de bois, etc., sont autant de problèmes qui devraient être pris à bras le corps par nos autorités auxquelles cette agence pourrait prêter main forte au lieu de la voir redéployer ses éléments vers d’autres horizons professionnels. L’ASP a été bonne trouvaille, mais elle ne répond pas, pour le moment aux attentes des populations. Elle doit connaître des mutations institutionnelles, se professionnaliser, se concentrer sur son métier et non s’en éloigner.

 

Mouhamadoul Mokhtar Kane

Consultant en communication, président de l’APROCOM (Association des Professionnels de la Communication des Entreprises et des Organisations)

moukhtarkane@gmail.com

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