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La RÉpublique, Ses Adversaires, Ses Ennemis

En réponse à notre Appel pour la République du 3 avril, l’intellectuel mouride Aziz Mbacké Majalis a cité un de ses ouvrages, pour nous opposer une contradiction sur la notion de République. Monsieur Mbacké Majalis apparaît comme un des idéologues du courant islamo-conservateur, et dont le combat est orienté vers la République et surtout vis-à-vis de sa nature séculière.

Le conservatisme islamique sénégalais, qui a toujours défié la République, et surtout la laïcité, s’exprime de manière insidieuse et utilise chaque crise comme une opportunité pour remettre en cause la République. Des affaires comme Héla Ouardi, Pr Oumar Sankharé et Déesse Major, l’intangibilité de la laïcité dans la Constitution, et d’autres secousses sont des prétextes pour les voir sortir du bois. La crise de régime du mois de mars dernier a raffermi leur thèse, devenue dorénavant un discours sur la «sénégalisation de la République», c’est-à-dire une panacée des attributs sociaux et anthropologiques qu’ils appellent «système de valeurs sénégalaises» comme type de gouvernance.

Nous assistons depuis quelque temps à une résurgence conservatrice chez des journalistes, des militants et même des hommes politiques de divers bords. En interrogeant la place actuelle des marabouts et des chefs coutumiers dans la République, ils déclinent un impensé d’abord et mènent un combat d’arrière-garde ensuite.

L’impensé est la promotion, derrière des circonvolutions langagières autour de notre «système officiel de valeurs», d’un Etat régi par le culte musulman. Vouloir une République islamique, voire confrérique, n’est guère un crime, mais il faut l’assumer et éviter de se cacher dans d’imprécises valeurs ancestrales à se réapproprier. Qu’ils assument et proposent une théocratie ou une monarchie de droit divin !

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Leur courant conservateur s’en prend constamment à la laïcité et brocarde ce qu’il juge être son origine : la loi de 1905 en France. Sauf que ses tenants n’ont visiblement pas compris cette loi qui est venue apaiser et gommer l’anticléricalisme d’Etat issu de la révolution de 1789 qui, durant la Terreur, guillotinait les prêtres. Un effort permet de savoir que la loi de 1905 est une victoire du modéré Aristide Briand contre l’extrémiste Emile Combes. La laïcité instrumentalisée en France actuellement est contraire à l’esprit de 1905.

Notre laïcité n’est pas celle d’une négation du fait religieux, mais une neutralité de l’Etat qui est censé être à équidistance des cultes. Elle s’exerce en harmonie avec les religions et les croyances et dans l’exigence de garantie de l’intégrité physique et morale de tous, croyants ou non.

J’en viens à leur combat d’arrière-garde. Nos prosélytes sont en retard de près de 70 ans sur les chapelles religieuses qui, elles, ont accepté, hormis quelques exceptions, de reconnaître la République et de se soumettre à elle en adoptant son fonctionnement. L’Eglise, les chapelles animistes et la partie significative des chefs religieux musulmans ont accepté de se soumettre à la République et de voir ses lois s’exercer sur eux. Des petits-fils de El hadj Malick Sy, de Serigne Touba et de Baye Niass ont investi le champ politique, intégrant pleinement le fonctionnement laïc et démocratique des institutions républicaines. Certains ont même siégé comme parlementaire ou conseiller municipal, votant et appliquant des lois laïques. On vote autant à Touba et Tivaouane qu’à Popenguine et au Plateau.

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En voulant apparaître révolutionnaires, ces adversaires de la Ré­publique se retrouvent dans une posture passéiste et rétrograde. La République n’exclut aucun citoyen, religieux ou «civil». Elle lui demande seulement d’obtenir, pour gouverner, la légitimité politique conférée par le suffrage universel. Et elle protège ceux qui ne désirent investir un espace partisan et ne demandent qu’à vivre librement selon leurs croyances, convictions et pratiques. La République signifie l’abolition du privilège de naissance pour lui substituer le mérite. Comme le dit le journaliste Yoro Dia, «nous avons vu des monarchies se transformer en Républiques, mais nous n’avons pas encore vu une République se transformer en monarchie».

J’ai choisi la République en me battant en son sein pour qu’elle prenne mieux en charge les préoccupations des Sénégalais en matière d’accès à l’éducation, à la santé, à la culture et au logement. Pourquoi la République fait face actuellement à une défiance croissante ? Car face aux rodomontades de ses adversaires et de ses ennemis, elle n’a plus beaucoup de défenseurs visibles, exigeants et intransigeants. Or la République n’est pas un vil mot, c’est une idée noble, une belle intuition dont il ne faut pas avoir honte.







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