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50 Ans De Polytechnique : Hiatus Du Rêve Senghorien

L’Adn géographique, politique et même administratif du Sénégal d’aujourd’hui remonte au milieu du 19ème siècle avec la prise de fonction de Louis Faidherbe, Gouverneur du Sénégal. Le jeune capitaine, polytechnicien, pacifia le territoire fortement marqué par l’abolition de l’esclavage en 1848 et l’invasion maure et berbère, sur fond de persistance de micro-royaumes minés par les rivalités tribales et claniques.

Il organisa l’administration du territoire en «cercles» auxquels les chefferies traditionnelles sont associées, et entreprit le projet d’un pont pour la continuité du territoire entre les deux rives de l’île de Saint-Louis, ouvrage  qui porte son nom. Auparavant, il aura construit écoles, chemins de fer et permit l’établissement de la première banque dans la colonie à St-Louis.

A Dakar, dans une presqu’île luxuriante, à l’écosystème un peu fragile, un autre polytechnicien issu de X Paris esquisse le premier plan d’urbanisme des quartiers bigarrés : Emile Pinet Laprade, Gouverneur  du Sénégal, en 1862. Il jeta les bases de la future métropole ouest-africaine et surtout entreprit les premiers travaux de dragage sur les berges de la côte ouest pour les navires modernes, afin d’embarquer la gomme arabique et plus tard les noix d’arachide. Après Faidherbe qui jeta les bases d’une administration coloniale pacificatrice, Pinet Laprade posa les bases d’une économie de traite avec le rail et le port, après avoir urbanisé la première mé­tro­pole d’envergure sous-régionale et capitale de l’Aof, Dakar.

Les deux polytechniciens issus «X» ont certainement pesé dans le choix du Président Senghor  en mai 1973, de créer  un institut d’élite pour la formation aux métiers d’ingénieur à Thiès. Et pour un jeune Etat à l’école balbutiante, il opta pour le modèle canadien car trouvant le modèle de formation de «X» Paris trop élitiste et difficilement transposable au Sénégal. Cependant, X Paris, avec ses polytechniciens, a défini les formes et contours de la Nation sénégalaise où nous vivons actuellement.

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L’Ecole polytechnique de Thiès devait, selon Senghor, relever les nouveaux défis d’un pays sahélien pauvre sans ressources stratégiques, mais qui voulait capitaliser sur l’éducation et la formation de ses meilleurs élèves  pour son développement économique et social. Après Mamadou Dia, le Président Senghor voulait former  des bâtisseurs qui prendraient en charge routes, ponts, bâtiments, pistes, moteurs, circuits et même procédés  pour un pays rustique dans ses campagnes et  qui aspire à la modernité. Il fallait aller plus loin dans le désenclavement des territoires, accélérer et généraliser la distribution de l’eau, produire des maisons et bâtisses aux normes et standards pour l’habitat des populations. Contrairement à Lamine Guèye, Senghor, qui s’appuyait sur un électorat rural, vécut les dures conditions de vie dans nos campagnes, et Polytechnique devait former les concepteurs techniques pour améliorer leur quotidien dans tous les domaines.  Nous sommes ainsi loin  de la vocation éminemment scientifique d’un institut comme X Paris.

Aujourd’hui, 50 ans d’Ept, il reste évident que nous sommes loin du rêve et de la vision du Président Senghor. Le Sénégal compte-t-il vraiment de polytechniciens à l’œuvre : aux moindres gouttes d’eau d’une saison pluvieuse, ce sont les inondations qui paralysent notre capitale et les villes intérieures après avoir dépensé 700 milliards de l’argent public  pour leur prévention. Le logement pour les Sénégalais reste plus que jamais le rêve impossible et la location appauvrit les cita­dins. L’ur­banisation est quasiment inopérante en zone urbaine et en zone rurale de plus en plus,  c’est comme si ce pays ne compte aucun urbaniste ou planificateur urbain, situation d’ailleurs qui nourrit les conflits fonciers et le mal-vivre généralisé en ville et en campagne. Notre agriculture reste peu mécanisée, sans aucune innovation dans les technologies de culture et d’agriculture intensives.  L’eau reste plus que jamais la denrée précieuse et mobilise encore les programmes et politiques publics,  même dans les domaines d’excellence de leur formation : le génie civil, notre pays importe encore le savoir-faire de la Chine pour le Pont de Foundiougne, un ouvrage d’art futuriste, et le pont sur le fleuve Gambie.

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Enfin, nos polytechniciens sont absents sur les débats sur le micro-processeur, la batterie, le rail, le drone… et trop loin du gaz et du pétrole offshore où l’expertise australienne et anglaise a été décisive pour nos hydrocarbures. Personnellement, je ne leur pardonnerai jamais d’avoir abdiqué aux lobbys du ciment et du fer ici au Sénégal. Nos constructions sont chères, inadéquates du point de vue environnemental et peu intelligentes, sans aucun usage des matériaux locaux en abondance tels que la chaux, l’argile, etc. pour leur propriété thermique dans un pays aux températures extrêmes, soumis aux changements climatiques.  Que fait l’Ept pour les constructions vertes et intelligentes…

Après cinquante ans de formation, il demeure plus que jamais urgent de faire une évaluation  de sa vocation au moment où l’émergence économique nous presse d’étoffer le capital humain national.  C’est presque cinquante ans de résultats plutôt maigres. Osons la remise en cause du rêve senghorien en méditant pour notre contexte  Gustave Eiffel ingénieur : «La tour peut sembler digne de personnifier l’art de l’ingénieur moderne, mais aussi le siècle de l’industrie et de la science dans lequel nous vivons.»

Moustapha DIAKHATE

Ex Cons. Spécial Pm

Cons. Et Expert Infrastructure

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