Un peuple cocufié par ses politiciens de tous bords


Quiconque observe attentivement la scène politique sénégalaise remarque qu’il existe des sujets sur lesquels toute la classe politique (partis au pouvoir comme ceux de l’opposition) observe une omerta. Nos politiciens, tous bords confondus, prennent l’habitude de couvrir, d’un voile épais, certaines problématiques, qui sont pourtant d’intérêt national. Même les politiciens les plus volubiles, aussi bien ceux toujours prêts à justifier ou à défendre tout et n’importe quoi que ceux constamment enclins à verser dans des vociférations dénonciatrices, adoptent le profil bas, voire passent sous les radars médiatiques lorsque certains sujets, qui préoccupent les populations, sont agités sur la place publique.

Deux sujets récents peuvent servir à illustrer notre propos. Le premier concerne l’existence et l’opacité des fonds secrets et politiques ainsi que leur détournement à des fins clientélistes, voire d’enrichissement personnel. Le second est relatif aux cadeaux financier et foncier offerts, de manière généreuse, aux députés de la 12e législature sortante qui n’ont pas été réélus.

S’agissant du premier sujet, les aveux de Mamadou Ndoye ancien Secrétaire général de la Ligue Démocratique confirmant le versement mensuel de 4 millions de nos pauvres francs dévalués par le Président de la République (à son profit et/ou à celui de son parti, c’est selon) a servi de fait déclencheur à une vague d’indignation et de réprobation des populations. Les révélations et informations qui ont suivi, relativement à ce sujet, ont permis de savoir, de la part d’un Expert dont la crédibilité est hors de tout doute, que « sur la période 2012 / 2017, c’est près de 104 milliards de crédits spéciaux qui ont été alloués au Président de la République et 3 milliards de crédits de Fonds de sécurité ouverts pour le Premier ministre » (Mamadou Abdoulaye SOW, 2017).

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Pour rappel, les activités financées par ces fonds secrets et politiques relèvent de l’entière discrétion du Président de la république (accessoirement du Premier ministre) et échappent à tout contrôle. Les langues déliées ont permis d’avoir la confirmation que ces fonds servent, entre autres, à financer les politiciens notamment en réglant leurs problèmes de subsistance, de paiement de leurs frais de transfert (à l’étranger), de consultation ou d’hospitalisation, d’accès à la propriété immobilière, de financement de pèlerinages aux lieux saints et même d’argent de poche !

Ce système occulte a profité et continue de profiter aux politiciens de tous bords. Imaginez le nombre d’écoles, de centres de santé, de pistes de production ou de villages électrifiés que le Sénégal s’est privé le Sénégal en dotant un seul homme 104 milliards de francs CFA qu’il a dépensé à sa guise sans justifications ni indiqué la nature des dépenses effectuées. Aujourd’hui, nos universités sont paralysées faute de paiement d’arriérés de salaires et d’indemnités pour la « modique » somme de 4 milliards francs CFA. A-t-on entendu nos politiciens sur ce sujet ? Bien sûr que non à part quelques seconds couteaux dont la seule chose à dire consistait à formuler la nécessité de mettre en place un dispositif de financement public des partis politiques. Autrement dit, la mise en place d’une autre forme, plus acceptable, de spoliation des populations, car on sait qu’au Sénégal, jamais une centrale syndicale ou un parti politique au pouvoir n’a rendu publics ses états financiers, en violation flagrante des lois existantes. Aucun homme politique d’envergure n’a daigné prendre la parole pour dénoncer cette déprédation des maigres ressources du pays et, subséquemment, s’engager, de manière ferme et formelle, à mettre fin ou de l’ordre à tout cela une fois au pouvoir.

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En ce qui concerne le second sujet majeur mis sur la place publique, il s’agit des cadeaux financier (5 à 10 millions) et foncier (octroi d’un un terrain à Tivaouane peul) que l’État vient d’offrir aux ex-députés de la 12e législature qui n’ont pas été reconduits. Ces députés sortants sont-ils plus méritants que, par exemple, le médecin, l’enseignant ou l’agent de développement communautaire qui vivent et travaillent, pendant des décennies, dans des zones éloignées dépourvues de tout confort et qui peinent à accéder à la propriété immobilière ? Dans quelle organisation, qui se voudrait performante et efficace, octroie-t-on, par exemple, des primes de rendement ou de départ aux agents reconnus comme étant médiocres ? Donner une prime de 5 à 10 millions en plus d’un terrain à des personnes qui s’étaient fait remarquer davantage par leur absentéisme, leur propension à s’insulter et à s’occuper de leurs propres affaires est une insulte aux masses laborieuses. Un manque de respect aux sénégalais qui se lèvent tôt et se couchent tard en travaillant fort pour assurer, difficilement, le minimum vital. Où sont nos chevaleresques ex-parlementaires qui s’étaient prévalus de l’étiquette de « Députés du peuple » pour dénoncer cette situation inique, voire refuser de jouir de ces avantages de la honte ? Disparus dans la nature et bouche cousue !

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Ces deux faits suffisent pour prouver que nos politiciens, tous bords confondus, sont tous pareils. Presque, devrais-je dire en me gardant de généraliser. Lorsqu’il s’agit de prébendes et d’avantages de toute sorte (fonds politiques, passeports diplomatiques, passe-droits, recrutement des membres de leur famille ou de leurs militants, etc.), ils ne trouvent rien à dire. Même si cela s’effectue au détriment des populations et en contradiction avec les valeurs qu’ils défendent publiquement. C’est la preuve d’un pourrissement par la tête de notre classe politique, sinon celle d’un cynisme déplorable chez la majorité de nos politiciens. En fin de compte, c’est le peuple qui trinque. Toujours cocufié par ses politiciens.

 

Ibrahima Sadikh NDour
ibasadikh@gmail.com

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